ROGER, LE DUC D'ANJOU
LE DUC, entrant par la droite. A merveille! le premier au rendez- vous. Je te reconnais bien là, Roger.
roger. Votre altesse est petit-fils de Louis XIV, et, en cette qualité, monseigneur ne doit ni ne peut attendre.
le duc. Enfin! j'ai donc un moment de liberté! Madame de Maintenon vient d'entrer dans son oratoire. Ici nous n'avons pas à craindre de fâcheux... Voyons, Saint-Hérem, parle vite , as-tu vu madame de Montbazon ?
roger. Oui, et je lui ai rendu le portrait qu'elle avait donné à votre altesse.
le duc. En échange, t'a-t-elle remis mes lettres?
roger. Les lettres de monseigneur sont à sa terre de Saint-Leu. Elle est allée les chercher ce soir, et demain matin elles seront chez moi.
le duc. Pour sûr?
roger. Elle m'en a donné sa parole.
le duc. Juge de quelle importance est pour moi la remise de ces lettres, Roger, au moment de partir pour l'Espagne.
roger. Votre altesse part? et quand cela?
LE duc. Après demain, et tu conçois : je \ais épouser la fille du duc de Savoie: si ces lettres...
ROGER. Que monseigneur se rassure; ces lettres seront chez moi demain avant dix
LES DEMOISELLES DE SA1NT-CYR
heures. Seulement, que votre altesse veuille bien me dire où j'aurai l'honneur de la voir : à Marly, à Versailles, aux Tuileries...
le duc. Écoute... je vais demain à Paris, ne quitte pas ton hôtel de la journée.
roger. Comment ! son altesse me ferait l'honneur...
le dlc. Silence! si l'on savait que j'ai mis le pied chez un mauvais sujet comme toi, on se douterait que c'est pour quelque amour secret.
roger. Eh bien, mais il me semble qu'il y a eu autrefois une certaine Hortense Mancini, que dans une circonstance à peu près pareille, votre auguste aïeul...
le dlc. Oui, mais mon auguste aïeul avait alors quelque chose comme quarante aus de moins, ce qui rend plus indulgent.
roger. Sans compter qu'il n'avait pas encore eu le bonheur de faire la connaissance de madame de Maint non.
le dlc. Chut! J'in:i seul, dans une voiture sans armoiries; on annoncera le cemte de Mauléon. Vëill à ce que je ne rencontre personne.
roger. Il sera fait comme ie désire votre altesse, ou plutôt votre majesté, car c'est le titre qui vous appartient désormais.
le dec. Oui, grâce à ce titre de roi que je vais bientôt porter, grâce surtout aux ennuyeuses lois de l'étiquette, je ne puis plus faire un pas sans qu'il ne soit observé; dire une pafole sans qu'elle ne soit commentée à Versailles; je ne puis pas même être seul ! Voilà pourquoi je t'ai dit de m'attendre dans ce pavillon. Depuis huit jours madame de Maintenon m'en a remis la clef. Tous les matins je suis contraint d'y venir entendre des leçons de politique: Elle prétend m'appreudre à gouverner l'Espagne-, à rendre mon peuple heureux! Va, crois-moi; Rager, majesté en Espagne, c'est bien triste, et mieux vaut être altesse , et même simple gentilhomme en France.
ROGER. Heureusement que votre altesse arrive à Madrid pour le càrhàvaî, cela lui fera paraître les commencements de son exil moins durs.
le duc. Tu ne sais pas ce que tu devrais faire, P^ger?
roger. Non, monseigneur.
le dec. Tu devrais m'y rejoindre.
roger. En Espagne! J'avoue qu'à moins que son altesse n i m'< n d nue l'ordre formel, j'éprOi ment quelque con-
trariété à quitter la Fiance.
le dec. Une intrigue, mauvais sujet?
rog chose du moins qui res-
semb
le dlc. J'espère que ce n'est point ici?
roger. Oh ! comment votre altesse peutelle soupçonner...
le dec. Toi ! je te crois capable de tout.
roger. Votre altesse me flatte.
le dec. Non, pardieu ! et je dis ce que je pense. Au revoir, Sainl-Hérem, à demain !... Reste encore un instant ici ; je ne veux pas qu'on nous voie sortir ensemble. A demain donc; puis tu me remettras les lettres. . . et la clef de ce pavillon.
roger. Je n'y manquerai pas, monseigneur.
le duc, sortant par la gauche. A demain.
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