SCÈNE PREMIERE
COMTOIS, seul, sortant de l'appartement à droite au moment où l'on frappe violemment trois coups à la porte de la rue, puis SAINT-HERE».
comtois. Ah ! cette fois, ce doit être monsieur. (// va à la fenêtre. ) Oui, je commençais vraiment à être fort inquiet... Sorti depuis hier midi, et voilà qu'il est huit heures du matin! (Apercevant son maître qui entre en jetant son chapeau sur tin fauteuil.) Oh! oh! il y a de l'orage!...
roger. Il n'est venu personne pour moi?
comtois. In domestique de madame la comtesse de Montbazon, qui m'a remis ce paquet.
roger. Donnez! [A lui-même. ) Ce sont les lettres du duc d'Anjou... bien! [Haut. ) C'est tout?
comtois. Oui, monsieur.
roger. Je n'y suis pour personne, entendez-vous bien 1 pour personne, excepté pour M. le comte de Mauléon... Retenez bien ce nom... et ne le faites pas attendre quand il se présentera... C'est un très-gratid seigneur!... Si, par hasard, j'étais avec quelqu'un, prévenez -moi... Ah! et puis encore pour Dubouloy. ( A part. ) Si toutefois il est libre; car hier, à Saiut-Cyr, aussitôt après notre arrestation, l'on nous a séparés, et depuis, pas la moindre nouvelle. (^1 Comtois.) Vous m'entendez...
Il va pour entrer dans la chambre à droite.
comtois. Monsieur rentre dans son appartement ?
roger. Sans doute... Qu'y a-t-il d'étonnant à cela?
comtois. Oh ! rien... Alors monsieur sait probablement...
ROGER. Quoi?... que voulez-vous que je sache? je ne sais rien... parlez... dites?
COMTOIS. Qu'il y a quelqu'un dans l'appartement de monsieur.
roger. Quelqu'un?., et qui cela?
comtois. Mais une femme.
roger. Quelle femme?
comtois. La femme de monsieur, madame la vicomtesse.
ROGER, à part. Après tout ce que j'ai dit, on a osé!... Ma femme est ici!... dans cet hôtel, dans mon appartement... (Haut.) Qui a eu ia hardiesse?...
comtois. Ce matin, à quatre heures, une
voiture s'est arrêtée à la porte de l'hôtel. Breton, qui veillait, a cru que c'était monsieur qui rentrait, et s'est avancé pour lui offrir ses services... Pas du tout, c'était une dame, accompagnée de la marquise de Nesle et de la duchesse de Polignac.
roger. De la marquise de Nesle et de la duchesse de Polignac !
comtois. De M. d'Estrées et de M. de Yillarceaux.
ROGER. Le grand écuyer de monseigneur le duc d'Anjou et le premier gentilhomme de monseigneur le duc de Berry ! Ah ! très-bien ! madame de Maintenon !
comtois. Monsieur comprend bien que quand Breton les a reconnus, il a ouvert toutes les portes. On a demandé où était l'appartement de monsieur... Breton y a conduit la société... Arrivés là, ces messieurs et ces dames ont dit à la personne qu'ils conduisaient : Vicomtesse de Saint-Hérem, vous êtes chez vous. Puis ils se sont retirés. C'est comme cela que nous avons appris que monsieur était marié.
ROGER. C'est bien... Mettez vite l'appartement qu'occupe mon père, quand il vient à Paris, en état de me recevoir.
comtois. Monsieur n'habitera donc pas?...
ROGER. Faites ce que je dis. (Comtois s'avance vers l' appartement de gauche. ) Ah! Comtois?...
comtois. Monsieur...
roger. Madame de Saint-Hérem a-t-elle une femme de chambre?
comtois. Elle en a deux.
roger. Vous prierez l'une ou l'autre de ces demoiselles de vous prévenir aussitôt ,que sa maîtresse sera visible.
comtois. Oui, monsieur.
roger. C'est tout... Allez.
Comtois sort.
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