‹ Judith et Esther, mois de Marie du XIXe siècleChapitre 68 sur 72 · TRENTIÈME JOUR · texte numérisé non relu

TRENTIÈME JOUR

jouissances nationales, Mardochée envoya une lettre aux Juifs des provinces les plus proches comme les plus éloignées, dans laquelle il leur disait : « Le quatorzième et le quinzième jour du mois d'Adar seront des jours de fête. Ils se célébreront tous les ans à perpétuité, avec la plus grande solennité, parce que ce fut en ces jours que les Juifs se vengèrent de leurs ennemis et que leur deuil fut changé en joie. Ces jours seront des jours de festins et de réjouissances, où les enfants d'Israël s'enverront mutuellement une partie de leurs mets et feront de petits présents aux pauvres. »

Comme on le pense bien, l'établissement de la fête ne rencontra aucune opposition. La fête elle-même fut célébrée avec une allégresse toujours ancienne et toujours nouvelle ; et, ce qui est plus remarquable, avec une fidélité constante. Elle fut appelée la fête dos so7'ts, et non la fête de la délivrance, en souvenir des sorts qu'.\man avait con-

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suites et qui fixaient au treizième jour d'Adar l'extermination des Juifs. Ttappeler ainsi à perpétuité l'anniversaire de ce jour terrible, le danger qu'ils avaient couru et la consternation dans laquelle les avait jetés la nouvelle du massacre, était le vrai moj'en de rendre la reconnaissance plus profonde et la joie plus vive.

Les Juifs donc, en mémoire de ce qui avait été arrêté contre eux, et du grand changement survenu en leur faveur, s'obligèrent eux et leurs enfants, et tous ceux qui voudraient embrasser leur religion, à faire en ces deux jours une fête solennelle, sans que personne pût s'en dispenser. (( La mémoire de ces jours, dit le texte sacré, sera conservée, et ils seront célébrés d'âge en âge, dans toutes les familles, dans toutes les provinces, dans toutes les villes. Ces jours de Phurim ne passeront point du milieu des Juifs; cl la mémoire ne s'effacera point de leur race. »

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En effet, les Juifs célèbrent encore aujourd'hui cette fêle des Sorts, le quatorzième jour du mois d'Adar. Ce mois commence vers l'équinoxe du printemps. A la prière du soir, après le coucher du soleil du treizième jour, on donne dans la synagogue lecture du livre d'Esther en hébreu. 11 doit être écrit à la plume sur du parchemin en forme de rouleau, comme les lettres chez les anciens. Chacun doit lire tout d'une haleine les noms des dix fils d'Aman. Ceci est une superstition talmudique. Néanmoins, les Juifs s'y montrent fidèles ; mais ils se félicitent de ce qu'Aman n'ait pas eu une famille plus nombreuse ; car il y aurait eu de quoi suffoquer avant d'arriver au bout.

Toutes les fois qu'on prononce le nom d'Aman, il se fait un vacarme terrible. Tous les assistants, grands et petits, frappent des

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