ACTE Il, TABLEAU III, SCÈNE II
Je déteste l'amour!
ADA
Vous vous êtes querellée avec Holopherne !.….. Mais il vous appartient éperdument! Il est plein de tendresse et de crainte comme le plus jeune époux! (Effrayée.) Ma maîtresse ne me regarde pas
avec colère ?
Tu ne peux concevoir le dégoût de moi-même que m'inspirent ta voix qui halette... ton œil luisant, ta bouche humide!
ADA
Qu’ai-je fait ?
Rien. C’est moi seule! Aïnsi, je suis descendue jusqu’à cette promiscuité! O Tout-Puissant, pourquoi m'avoir dérobé votre face, pourquoi m'avoir repoussée si loin ?
ADA
C'était plus beau que les rêves!
J'ai dépouillé non seulement l'honneur et la fierté, mais le goût de vivre! mais tout espoir !.…..
La poésie de mon être a été arrachée comme un plumage d’or! Plus rien ne s’interpose entre moi et ma laideur. Une verrue, une plaie ne sont pas plus présentes que mon infirmité! Aïnsi, ce n’était pas que Manassé fût trop vieux, ni Saaph trop candide, ni les autres sans attrait! C’est moi! C’est en moi! Je déteste l'amour!
ADA, qui sanglote.
Ce n'est pas vrai! Une pensée folle vous torture. Tous les êtres aiment l’amour!.. C’est le bien des plus misérables ! (Essayant d’enlacer Judith.) Votre humble Ada vous.
Arrière! Va-t’'en!
ADA
Maîtresse, vous pâtissez de quelque maléfice! Votre cœur est un trésor rempli de...
Va-t'en! Si tu ne veux pas que mes mains te défigurent, si tu veux garder ce visage!
(Ada s’enfuil, épouvantée.)