ACTE DEUXIÈME
là... Et il faut se dire que, si nous ne l’atteignons pas cette Hollande, les prisons du roi nous restent... Oh! Jeanne, les prisons !.… N'y songes-tu pas comme moi, durant les anxieuses nuits sans sommeil ?.. Mais tu es plus courageuse que je ne suis, je le vois bien.
JEANNE
Plus courageuse, non, ma Judith. Seulement je ne laisse pas derrière moi, comme tu vas le faire, un père et une aieule, puisque tous ensemble nous tentons de fuir. Et d’ailleurs mon enfance a été, de ville en ville, un peu errante; alors je ne me suis pas, comme toi, attachée à une demeure familiale... Les prisons! Je ne sais pourquoi cette pensée ne me poursuit point, comme si j'avais quelque sûr pressentiment que nous y échapperons tous... Non, mais, je t'avoue, c’est la pensée d'être pauvre qui m'est terriblement pénible... Oh! Judith, être pauvre... travailler pour vivre! Et quoi, que faudra-t-il faire ?.. à quelle humble besogne me verrai-je condamnée là-bas ?..
JUDITH
Ah! que m'importe à moi, travailler! Tout ce qu’on voudra, vois-tu ! Fille du peuple et pauvresse, je le deviendrai s’il le faut !.. Mais, ne plus les voir, eux, qui viennent de rentrer là, tiens. (Elle désigne la maison où viennent de run rer son père et sa grand'mère.) Oh! ne plus les voir me brise le cœur. (on frappe au portail d’entrée qui est au fond de la scène, les deux jeunes filles regardent instinctivement de ce côté, mais continuent leur causerie. ) Et puis, Jeanne, tout ce qui est ici m'est cher, celte maison de mon enfance, ce vieux jardin, ces arbres... Oh! Jeanne, combien l'exil me sera affreux !.… (on frappe encore au portail et les deux jeunes filles s: retournent.) Mais, que font donc nos gens ce soir, pourquoi n’ouvrent-ils pas ?... C’est quelque étranger, sans doute, pour se servir ainsi du heurtoir, au liey
d’entrer tout simplement... En ces jours de détresse, chaque fois que je l’entends résonner, ce heurtoir, cela me fait peur.
Mathieu sort des communs de gauche et se précipite vers la porte, qu’il ouvre; le capitaine des dragons paraît sur le seuil,