ACTE DEUXIÈME
LE PETIT HENRI
Ah ! elles sont nettes à présent, tante Judith, nos mains,
tu vois !
Ils s’arrêtent court, en apercevant Raymond.
JUDITH, au domestique qui a ouvert la porte à Raymond.
Mathieu, priez mon père de descendre. Dites-lui que M. le capitaine des dragons du roi l’attend ici au jardin. pour une communication que j'ignore.
Les deux jeunes filles restent un peu à l'écart, appuyées au mur de la maison, surl a droite. Raymond est seul au milieu de la scène, debout et toujours découvert. Le petit Samuel s’approche lentement de lui, comme fasciné. Le petit Henri vient se jeter sur la robe de Judith.
LE PETIT HENRI, à Judith.
C'est lui, tu sais, petite tante Judith, que je te disais tout à l'heure, c’est lui qui l’a envoyé en prison, le mauvais vieux de l’école, le monsieur Moinard.
JUDITH, lui cachant la tête dans les plis de sa robe,
Chut! mon petit... Tais-toi, de grâce.
LE PETIT SAMUEL, tout près de Raymond, admirant son épée. On peut la toucher, votre belle épée, dites, monsieur le capitaine ?
RAYMOND, souriant et tout à coup très doux,
Oui, mon petit ami, on peut. Tant que tu voudras, touche-la.
Il la lui présente. Le petit Henri s'échappe de la robe de Judith et s'approche aussi
JUDITH, effarée.
Henri! Samuel! Comment osez-vous?.. Revenez ici, de suite, mes pauvres petits innocents.
RAYMOND
Qu'il vous plaise de les laisser près de moi, mademoiselle,
je vous en prie. Si vous saviez combien je suis heureux et
calmé, au contraire, une fois par hasard, de n'être plus
traité somme un épouvantail!.…..
I1 caresse les deux petites Lêtes. Le portail d'entrée s’ouyre encore, sans qu’on ait frappé, cette fois, et Dani:1 Robert entre, puis s’arrête à distance et se dissimu'e
derrière des arbustes, contemplant tour à tour les jeunes filles et le groupe imprévu de Raymond et des enfants.
LE PETIT SAMUEL, s’enhardissant.
Et ton chapeau, monsieur le capitaine, on pourrait le toucher aussi, ton chapeau ?
RAYMOND, enfant, avec un rire très jeune.
Mon chapeau? Tiens!
coiffe le petit Samuel de son grand feutre à plumes.— S. Renaudin, le père de
Judith, apparaît sur le seuil, et s'arrête interdit, voyant les enfants près de Raymond.