LE CURÉ, RAYMOND
Le bedeau reparait par la porte de droite, puis s’efface pour laisser passer Raymond d’Estelan, qui se découvre ét s'incline.
RAYMOND, très respectueux et grave.
Je voulais m'ouvrir.à vous, monsieur le curé, bien que je ne vous connaisse point encore. Mais sachez que je suis seul au monde : or les prêtres, d'ordinaire, ne refusent pas les conseils, et je viens prendre les vôtres, implorer votre secours... (Regardant la table et le couvert des petits huguenots. D'abord, excusez, je vous prie, ma trop grande impatience. Votre repas, peut-être le troublé-je, en venant à cette heure ?
LE CURÉ, inquiet toujours.
Mon repas ? Non! Oh! ce n’est pas pour moi, ce couvertlà, c’est. c’est pour... c’est pour des petits pauvres de ma paroisse. (Il lui offre une chaise.) Remettez-vous, monsieur le capilaine. Et si vous désirez, mon cher enfant, que je vous entende comme au confessionnal, vous m’y voyez tout prêt.
RAYMOND
Au confessionnal ? Non, et, je vous l’avoue, depuis des * années j'ai cessé de m'y agenouiller. Je ne sais même si je le pourrais faire encore. Mais ici nous sommes bien pour causer, ce me semble, si vous consentez à m'’entendre;
LE CURÉ
Parlez donc, mon fils, et, pour vous répondre, que Dieu m'inspire.
RAYMOND
Vous me voyez tout novice encore, monsieur le curé, dans ce métier de convertisseur que les ordres du roi m’obligent à faire. Avant, je faisais partie de l’armée de Flandre... J’ai assisté à la prise de Valenciennes et de Cambrai... Je veux bien qu’ils soient des hérétiques endurcis et des conspirateurs dangereux, tous ces huguenots, je le veux bien. Mais c’est égal, contre des enfants et des femmes, la violence me répugne.
LE CURÉ
Bien, cela mon fils! Et, Dieu soit loué, vous êtes, vous au moins, un vrai gentilhomme de France.
RAYMOND, d’une façon soudaine, après un silence.
Mon père, vous connaissez les Renaudin, car vous sortiez de chez eux la première fois que j'y suis entré.
LE CURÉ
Sans beaucoup 1es connaître, mon fils, je suis leur voisin, il est vrai, depuis des années. Je les tiens en haute estime, et, le jour où l’édit terrible fut affiché au poteau de la grand'place, je suis entré pour leur témoigner ma sympathie; voilà tout.
Ils sont parmi les plus obstinés, n "est- ce pas, des hérétiques de Saint-Pierre ?
LE CURÉ
C'est-à-dire, ils sont, je crois, les chefs du parti protestant dans notre ile,
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