‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 31 sur 77 · LE PÈRE · texte numérisé non relu

LE PÈRE

Venez, ma mère... Ces beaux temps de novembre, vous savez bien, sont trompeurs pour les vieilles gens, et vous prendriez froid dehors. Vous, Jeanne, rentrez aussi un moment vous chauffer, et, quand la nuit sera tombée, un de nos serviteurs vous ira reconduire.

Mon père, souffrez que je reste encore dans le jardin avec elle.pour finir ce beau soir, et qu'ensuite je l'ail le reconduire à son logis, par le champ fruitier et le petit bois. A l'heure qu'il est, nul ne nous verra passer par ce chemin-là... C'est

ÏO JUDITH RENAUDIN.

qu'on dirait un vrai soir d'été, regardez... et je n'en aurai plus jamais, jamais, liélas! des soirs d'été, dans noire vieux }ard i ri; mon père ! . . .

Pendant celle répli(>ie de Judith, le père et Nanette ont aidé Vaïeule à se soulever de son fauteuil, et lui font leniement gravir les marches du perron pour rentrer, la soutenant chacun par un bras.

L AÏEULE, se retournant sur les marches, d'une voix tout à coup exaltée.

Mon Dieu !... Et moi, l'aïeule bientôt sans enfants, dire que, avant de mourir, je verrai peut-être encore passer un été, — deux étés, qui sait, — dans cette maison et dans ce jardin vides, oîi je n'entendrai plus jamais ta voix, ma Judith, plus jamais la voix de mes cbers petits... Seuls! mon fils, nous serons seuls!... Plus rien... Le silence autour de nous, comme la nuit dans mes pauvres yeux... Oh ! les misérables!... Les misérables qui nous font cela, mon fils... (eiu

brandit sa quenouille d'une main tremblante, en menace de pauvre Titilla égarée, tandis qu'on la fait rentrer. Dans la maison on entend encore ta voix.j Les

miï-érables !.,.

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