ACTE DEUXIÈME
là... Et il faut se dire que, si nous ne l'atteignons pas cette Hollande, les prisons du roi nous restent... Oh! Jeanne, les prisons!... N'y songes-tu pas comme moi, durant les anxieuses nuits sans sommeil?... Mais tu es plus courageuse que je ne suis, je le vois bien.
JEANNE
Plus courageuse, non, ma Judith. Seulement je ne laisse pas derrière moi, comme tu vas le faire, un père et une aïeule, puisque tous ensemble nous tentons de fuir. Et d'ailleurs mon enfance a été, de ville en ville, un peu errante ; alors je ne me suis pas, comme toi, attachée à une demeure familiale... Les prisons!... Je ne sais pourquoi cette pensée ne me poursuit point, comme si j'avais quelque sûr pressentiment que nous y échapperons tous... i\on, mais, je t'avoue, c'est la pensée d'être pauvre qui m'est terriblement pénible... Oh! Judith, être pau\Te... travailler pour vivre!... Et quoi, que faudra-t-îl faire?... à quelle humble besogne me verrai-je condamnée là-bas?...
JUDITH
Ah! que m'importe à moi, travailler!... Tout ce qu'on voudra, vois-ta ! Fille du peuple et pauvresse, je le deviendrai s'il le faut!... Mais, ne plus les voir, eux, qui viennent
de rentrer là, tiens. (Elle désigne la maison où viennent de rcn rer
son père ei sa grand'iaère.) Oh ! ne plus Ics voir me brise le
coeur. (On frappe au portail d'entrée qui est au fond de la scène, les deux jeunes filles regardent instinctivement de ce côté, mais continuent leur causerie. ) Et
puis, Jeanne, -out ce qui est ici m'est cher, cette ma'son de mon enfance, ce vieux jardin, ces arbres... Oh ! Jeanne, combien l'exil me sera affreux !... (on frappe empare ai portail ei
les deux jeunes filles 88 retournent.) Mais, que fOUt dOUC nOS gCUS
ce soir, pourquoi n'ouvrent-ils pas?... C'est quelque étranger, sans doute, pour se servir ainsi du lieurloir, au lieu
d'entrer tout simplement... En ces jours de détresse, chaque l'ois Oiiie je l'entends résonner, ce heurtoir, cela me fait pour.
j]all(''6u sort des communs fie gauche et se précipite vers la porte, qu'il ouvre; 1« capitaine des dragons parait sur le seuil.
SCÈ^E V
Les MÊMES, puis RAYMOND, puis le PETIT HENRI et LE PETIT SAMUEL, puis DANIEL ROBERT.
RAYMOND, entrant d'un pas délibéré dans le jardin où le crépuscule tombe.
Le sieur Samuel Renaudin?.,.
Il aperçoit les jeunes filles, s'arrête et se découvre. JUDITH, très troublée, au domestique.
Mathieu, avertissez mon père, (a Raymond.) Veuillez entrer, monsieur le capitaine, mon père est au logis.
RAYMOND, hautain et triste.
Entrer?... Eh! mon Dieu, pourquoi faire? Merci, mademoiselle... Dans cette maison, voyez-vous, je ne suis point de ceux que l'on reroit et que l'on fait asseoir. Ici, je représente l'ennemi, moi, hélas!... Je viens pour adresser au maître de céans une sommation dernière, à laf[uelle il résistera sans nul doute... Qu'il veuille hien paraître ici môme, nous causerons debout el dehors : il convient mieux qu'il en soit ainsi, entre adversaires qui sûrement, pas itliis l'un que l'autre, ne céderont jamais.
Fondant cetti, dernière phrase, les petits écoliers de tout à l'heure reparuissenl, riiiirs, sur le perron, montrant leurs deui paires de mains qu'on a lavées et qui smil lilaiidics.