‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 39 sur 77 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JUDITH, debout et jetant les mains devant la bouche de Daniel.

Tais-toi, Daniel, mon frère !... Tais-toi et va- t'en ! Tu en arriverais, vois-tu, à prononcer des mots irréparables, qui nous sépareraient à jamais... Ne pas savoir pardonner, tu te rappelles bien, est le défaut de mon âme hautaine... Alors, de grâce, ce soir tais-toi... Tais-toi... le calme te reviendra demain, pour m'entendre et me mieux juger... Va-t'en l

DANIEL

Mais je ne t'insulte point, Judith...

JUDITH

Oh! si !... Moi, occupée de lui, de lui qui était là!... Oh! tu me méconnais et tu m'outrages !

DANIEL

Mais je veux seulement te mettre en garde contre un entraînement de ton imagination... Ces choses, avant que vous vous en soyez aperçues, vous les jeunes filles, ces choses nous sautent aux yeux, à nous autres hommes.

JUDITH, s'exaltant.

Tais-toi ! (eIIb lui prend les deux mains et le pousse vers le porlail.)

Vous autres hommes, vous avez entre vous des haines, des rivalités, des jalousies qui vous égarent!... Va, ce soir, va-t'en ! Mais demain, quand j'aurai prié, quand, auprès de notre Dieu, je me serai longuement humiliée, reviens causer avec moi!... Oh! tu nous suivras en Hollande, mon cher Daniel, tu ne renieras pas la foi de nos pères ; j'ai répondu de ton âme devant noire commune aïeule... Ce soir, vois-tu, ce soir, tu n'es pas en état de m'entendre... ni moi peut-être de te bien parler... (eub (■oniin.;^ de le pousser vers la porte.) Mais je prierai... Oh! tu te trompes, j'ai fait bnéga tion de tout dans la prière; contre les pièges de

Siitau, je me sens bien armée... Et je suis encore l'exaltée et la petite voyante d'auli-efois, celle que, dans notre enfonce, tu appelais la Prophétesse... Je te ramènerai vers le Seigneur!... Demain, promets-le-moi, tu reviendras ici, dans le jardin, écouter, avec un cœur apaisé et patient, écouter la prophétesse Judith... Va-t'en 1

DANIEL

Eh bien, oui, je tâcherai, là, de revenir et de t'entendre... Allons, adieu, Judith... et pardonne-moi...

Usort. — La nuit, de plus en plus, est tombée. Judith garde d'abord ua silence hale- Uintj après que le portail «'est referme sur lui. Un hibou chante dans le lointain.

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