‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 4 sur 77 · SCÈNE PREMIÈRE LE CURÉ. Les Paysans · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LE CURÉ. Les Paysans

PREMIER PAYSAN, au Curé.

Ah ! c'est le bon Dieu qui vous amène, monsieur le curé, car nous ne sommes guère savants, nous autres, pour lire. Quoique nous soyons des protestants, vous ne refuserez pas

t JUDITH KENAUDlN.

de nous lire tout au long ce qu'il y a là, n'est-ce pas, car vous n'êtes pas un méchant homme, vous, pour sûr!

LE CUKÉ, s'approchant et assujettissant ses lunettes.

Tout au long, tout au long, ça ne vous servirait guère, mes pauvres amis, car je crois qu'il y a beaucoup de considérants pour commencer... (ll parcourt, à demi-?oix, en bredouillant; on dislingue ces mots :) « A présent, ayant fait la Trêve avec tous les Princes de l'Europe, il s'est entièrement appliqué à travailler avec succès à la réunion de ses sujets de la Religion prétendue Réformée à l'Église Catholique... »

(Quelques mots bredouilles, puis, s'adressant aux paysans :) Oui, bcaUCOUp

de considérants; mais quant à l'Ordonnance elle-même, je vois qu'elle est bien telle, hélas! qu'on vous l'avait annoncée

et que vous la redoutiez, (n reprend sa leclure; encore quelques mots inintelligibles, bredouilles très vite,) Hum! Hum ! « Que Dicu lui

ayant fait la grâce d'y réussir, puisque la meilleure et la plus grande partie de ses sujets de ladite Religion ont embrassé la Catholique, ces édits de Nantes et de Nimes, et les autres donnés en conséquence demeurent entièrement inutiles... » Hum! Hum!... « Supprime et révoque dans toute leur étendue... ordonne que tous les temples qui se trouvent encore dans son royaume seront incessamment démolis... »

Uurmures et gémissements dans le groupe, qui s'augmente toujoun autour du prêtre.

DEUXIÈME PAYSAN PROTESTANT, avec anxiété.

Et nos enfants, monsieur le curé? Est-ce la vérité ce qu'on annonçait pour nos enfants?

LE CURÉ, parcourant des yeux l'Édit.

Hélas! oui, mon pauvre Mathurin, et voici le passage... Hum!... « 11 défend l'instruction des enfants dans la Religion prétendue Réformée, et il ordonne que ceux qui nat- Iroiil à l'avenir seront baptisés dans la Religion Catholique,

ACÎE VUKMiKR. 3

enjoignant aux pèreset mères... etc.. à peine de cinq cents livres d'arnende.... » Hum! « Défense itérative à tous ses sujets de ladite Religion de sortir hors du Royaume... sous

peine des galères!... " (aurmuieB consternés dans la foule. — Le prêtre, les bras au ciel, ei un geste de désespoir.) Hélas! llélas....

Oui, il y a bien tout, tout ce qu'on vous avait annoncé de terrible, mes pauvres amis! — Et, avant de ''avoir lu, j'y

pouvais à peine croire, (n serre soigneusement ses lunettes.) QuC

Notre Seigneur Jésus ait pitié de vous tous! Qu'il ait pitié aussi de notre Prince, que de mauvais conseillers ont pu jeter dans un égarement à ce point inconcevable ! (a quciqups-

uns des protestants qui l'entourent, il tend la main, que ceux-ci pressent avec

efifusion.) Allous, je m'en vais dire ma messe, moi, puisqu'il est l'heure, et aujourd'hui ce n'est pas pour mes paroissiens que je prierai, ce sera pour vous autres,... oui, pour vous autres...

11 sort.

UN HOMME CATHOLIQUE, à Vuo des hommes protestants.

Donc, qu'allez-vous faire, mon brave Libaud, qu'allez-vouis devenir ?... Mon Dieu ! nous vivions si tranquilles et en si bonne intelligence, dans Oleron, malgré nos idées différentes, n'est-ce pas?... Au cas où nous pourrions vous servir, nous, vos voisins catholiques, rappelez-vous que nous y sommes tout prêts... Car eiifin, dites-moi, qu'allez-vous faire ?

l'homme protestant.

Eh ! j'ai des enfants, moi, il faudra bien que je les emmène, que voulez-vous, pour qu'on ne me les prenne pas? Je ramasserai mon petit avoir, et je tâcherai de me sauver avec eux... En Hollande, c'est là qu'on no'ia accueille le mieux, jjarait-il, nous, les protestants de France... Mais c'est un voyage long, plein de périls.... et le temps nous presse, puisque déjà les dragons du roi ont débarqué dana notre îl©..., Que Dieu nous ait en sa précieuse garde l

4 JUDITH KENAUDIN.

l'homme catholique, à ua autre homme protestant.

Et VOUS, Jean Thierry ?

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