LE BEDEAU
Et la vieille Suzette vous l'amène ici, trottant menu, grâce à Dieu! par la grand'rue. Et moi, qui entendais ça dans le jardin, j'ai sauté par-dessus la palissade du verger pour au moins vous avertir.
LA BENOÎTE, affolée.
Cachons-les, monsieur le curé ! Oh ! essayons encore, au moins de les cacher ailleurs I
LE CURÉ, égaré lui ausBi.
Et oîi ça, ma bonne fille ? où ça, les cacher ?
LA BENOÎTE. '
Dans votre église, tiens! Derrière l'autel, dans le petit caveau sous l'autel, tous! On ne viendra pas les chercher jusque-là, peut-être!... Et puis, la Sainte Vierge en auru pitié à la fini... D'ailleurs, pour les avoir, il faudra qu'on me passe sur le corps !
Mouremeats des petits, qui se jettent tous contre les jupes de la Benoîte. LE CURÉ.
Allons, calme-toi. Pourtant j'aime mieux te voir ainsi, ma brave fille. Au moins je te reconnais, à présent. Oui, c'est ça, sous l'autel, va, je te le permets, (au BeJeau.) Cours au-devant de lui, toi, mon bon Sylvain. Dis-lui que celte porte-là (ûésignani la porta sur ré^'iise), quc Cette poi'te... la cîei est perdue. Dis-lui que je suis à ses ordres, mais qu'il veuille bien faire le tour, par ce côté, par le préaù. (n désigne
la porte de droite.) Va, COUrS Vitc! (Le Bedeau Borl en courant. A la Benoîte, pendant ((u'elle s'en va, effarée, avec les petits, par la porte du fond.)
Toi, ma bonne fille, c'est le ciel qui t'a inspiré cette idée, Oui, sans crainte de la profaner, cache-les dans mon église. Oh ! mais n'aie pas tant de peur. Je m'étonnerais trop, voistu, que le capitaine d'Eslelan fût venu pour... Cela ne lui ressemblerait pas. INon, c'est quelque autre chose qui l'amène. Allez sans crainte, mes chers petits, (la porte du fond
se refer'Mi sur les petits huguenots, qui ont disparu avec Ib Benoîte dans r<':gllsc. Le
prêtre, resté soûl, prie, les yeux levés.) Daigncz, Seigneur, dajrrrez, Vierge Marie, méclairer! Si je viens de mal faire, puniâse?moi, mais épargnez ces innocents qui m'étaient confiés.