ACTE CINQUIÈME
daQt les suprêmes instants où ils nous restent encore... Non, nous ne devons plus espérer les retrouver sur cetta terre; mais que le Seigneur, qui a jugé bon de si cruellement nous éprouver, nous donne le courage de les laisser partir...
L AIEDLE, qui a pris les mains des deux frères de Judith.
Jean!... Isaac! mes fils!... (eUb lâle l'une après l'autre, avec sa main libre, les trois petites têtes blondes qui se pressent autour d'elle, et, à mesura
qu'eii- les reconnaît, prono ce leurnom.) Samuel! Jeannette! Henri!... Et mon petit Daniel, où est-il, mon petit Daniel?
Uathieu, qui tenait au cou ce plus petit à moitié endormi, le présente à l'aïeule. S. RENAUDIN.
C'est Mathieu qui le tenait à son cou ; le voici.
l'aïeule.
Là, sur mes genoux, donnez-le-moi, mon bon Mathieu. Et Judith?... Je ne trouve pas Judith!...
JUDITH, qui s'était placée derrière l'aïeule, accoudée à son fauteuil.
Je suis tout près, derrière vous, grand'mère.
Elle allonge le bras et joint sa main à celles de ses deux frères que tient l'aïeule. S. RENAUDIN.
Daniel Robert est aussi là, ma mère; Dieu soit loué, il a retrouvé la foi et il veut prendre le chemin de l'exil avec eux.
l'aïeule.
Ah! toi aussi, Daniel! Allons, c'est bien, mon enfant, c'est bien! Je bénis Dieu, dans ma détresse, de ce qu'au moins aucun des miens n'a failli à son devoir.
DANIEL
Votre petite-fille Judith a su raffermir ma croyance (juj
fie JUDITH RENAUDIN.
faiblissait. Elle est la saintft qui a accompli sur moi co miracle...
l'aïeule.
Et là-bas, qu'y a-t-il encore? J'entends du monde du côté de la porte.
s. RENAUDIN.
Il y a nos serviteurs, Bernard, Dominique et Jean, qui partent aussi sur le vaisseau de Hollande. Nous ne garderons que Nanette et notre vieux Mathieu, qui veulent rester avec nous tant que nous aurons un peu de pain à leur donner.
MAtHIËli.
Oh! et de même après, notre maître, et- toujours, tant que A'ous ne nous chasserez pas.
Le muHre serre la mala de son domestique.
l'aïeule.
Mon fils, je veux leur serrer la main, à eux aussi, à Bernard, à Dominique et a Jean; qu ils s'approchent 1 (Les iroia
serviteur» s'approchent <ur un signe et touchent en s' inclinant la main de raïeulc.)
Allons, mes amis, que notre Dieu vous accompagne sur la
teri'e d'exil... (On eot..nd au dehors le brait dune rafale de yenl. ) C'est
le vent que jenlends, mes lîls? Mon Dieu, cela m'épouvante, d'entendre le vent souffler si fort... Tant de choses que j'aurais à vous dire, mes bien-aimés... .Mais ce soir, ma
tête n'y est plus. (On entend la rafale au dehors.) Oh! CC VCnt qui
recommence! Mais la mer va être mauvaise... Mais ils ne partiront pas^ dis-moi, mon fils?
Elle serre les petits contre ses genoux, S. RENAUDIN.
Oh! ce n'est qu'un grain d'orage, j'espère, qui se dissipera au coucher de la lune.