‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 73 sur 77 · SCÈNE m Les Mêmes, LE CURÉ, Les Dragons · texte numérisé non relu

SCÈNE m Les Mêmes, LE CURÉ, Les Dragons

LE CURÉ

Dieu soit loué! nous arrivons à temps... ils sont encore là, nos fuyards !

Tous se lèvent, renversent des chaises dans leur surprise et leur effroi. Les serviteurs prennent leurs fusils, on entend un cri de détresse jeté par la vieille Nanetle, et l'aïeule serre davantage les petits dans ses bras.

S. RENAUDIN

Oh! monsieur!... Monsieur le curé, vous, nous trahir, faire cause commune avec nos bourreaux !...

Le curé s'avance au milieu de la salle, suivi des dragons du roi et, très grave, très doux.

LE CURÉ

Non, mon cher voisin, il n'y a pas de traître ici, ni de bourreaux non plus... Il y a un pauvre serviteur de Dieu que l'Église réprimandera sûrement, qui s'égare peut-être, mais qui, après bien des luttes, agit selon sa conscience et son cœur.

s. RENAUDIN.

Pas de traître, monsieur! mais alors, que font-ils ici, cea

hommes? (Haineux et violent tout à coup, désignant les dragons.) Pour-

quoi sont-ils chez moi, et vous, pourquoi les avez-vous amenés? (aux serviteurs. ) BaiTCz la route, vous autres, et

assurez vos fusils! (n se prend ta tête à deux mains.) Oll ! UOn, à )a

fin, c'en est trop! On ne pense point me les arracher, n'est-ce pas, tous les miens qui sont ici, sans qu'au moins

je les défende; (Tout à fait égaré, serrant Judith contre lui.) PerduS,

je le sais bien, que nous le sommes d'avance, perdus! Mais tant pis! Ceux-là, qui sont les bourreaux aux gages du roi, qui sont les maudits, malheur à eux!

Les serTiteurs ont apprêté leurs fusils. Le prêtre se met devant eux, les bras étendut. Les dragons restent immobiles, sans loucher leurs armes.

LE PRÊTRE, toujours très doux.

Allons, allons, mon cher voisin qui vous égarez, calmezvous pour m'écouter... Vous arracher vos enfants... Oh! non, ce n'est pointdans ce dessein que je vous les ai amenés...

s. RENAUDIN.

Mais quoi, alors?... Que nous veulent-ils, eux qui sont là? Dites-le! que nous veulent-ils?

LE PRÊTRE

Ce qu'ils veulent... Ah ! mes chers amis, ce qu'ils veulent... les conduire par une autre route, — car vous alliez fuir, n'est-ce pas? — les conduire eux-mêmes à la grand'plage, par un chemin différent que vous ne savez point... Et il faut les suivre en hâte, vous m'entendez, partir une heure plus tôt, vous fler à eux... sans quoi vous êtes perdus...

Xuule celte ùa doit marcher d'une façon rapide et haletante, dans la QèTre des minutes qui passent.

JUDITH, effarée, allant dévisager l'un d'eux.

Mais, celui-là... J'ai déjà vu cette figure!... C'est le serviteur de M d'Estelan, celui-là, je le reconnais!...

LE PRÊTRE

Oui, ma chère enfant, ses fidèles serviteurs, tous deux,

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