ACTE II
PHÉDYME.
Exhale tes mépris; je brave tant d'audace^ Et souris à mon tour du coup qui te menace.
Contre toi^ tout le camp vient de se déclarer.
JUDITH^ à part, revenant sur ses pas.
Sa haine est indiscrète^ elle peut m'éclairer. Bestons.
PHÉDYME.
Judith n'est pas une femme inconnue.
On s'émeut à sa yoîx^ on tremble à sa venue.
Israël se soumet à sa haute raison^ Le conseil des Anciens s'assemble en sa maison ; Sa demeure est sacrée^ et si quelque transfuge Lui porte nos secrets... il y trouve un refuge. Au perfide Achior elle offre son appui; Elle sert sa vengeance et conspire avec lui.
C'est pourquoi, renonçant à l'appareil funèbre Du pompeux désespoir qui la rendait célèbre, Elle a fait succéder le sourire aux douleurs. L'éclat de sa parure au faste de ses pleurs.
JUDITH, vivement.
Il VOUS sied d'insulter aux larmes d*une épouse ! Un si long désespoir doit vous rendre jalouse. A pleurer vos parents vous mettez moins d'orgueil, Et c'est chez leur bourreau que vous portez leur deuil.
PHÉDYME.
Enfin!... j'ai su trouver une arme qui la blesse I Mais tu ne me fais point rougir de ma faiblesse.
32 JUDITH
Oui, j'aime ce héros que toi seule as dompté^ Et tu me paîras cher son inûdélilé !
JUDITH
Ëh^ madame ! c*est là le moindre de ses crimes.
Votre père et vos sœurs sont tombés ses victimes ;
11 vous est apparu tout couvert de leur sang.
Il vous a tout ravi, patrie, honneur et rang;
Dans vos propres États, de ravage en ravage,
A son char il vous a traînée en esclavage.
Jouissant d'un affront lentement dévoré;
Et, pour prix de ces soins, vous l'avez adoré.
Voilà par quels bienfaits il a touché votre âme !
S'il vous trompe aujourd'hui, c'est peut-être, madame.
Que de votre constance épuisant le trésor.
Par un crime de plus il veut vous plaire encor.
Sa cruauté vous charme ! et bien loin de vous nuire.
En le rendant coupable on l'aide à vous séduire.
PHÉDYME.
Elle ose m'accuser d'oublier nos malheurs!
JUDITH
Ne m'avez-vous pas fait? un ciime de mes pleurs?
PHÉDYME.
Ah ! c'est trop prolonger une lutte inégale ;
Tu vas voir si je suis une faible rivale.
Tout le camp d'Holopheme à mon ordre est soumis ;
J'ai pour moi ses soldats, ses gardes, ses amis,
Ses flatteurs, et sa cour à me suivre empressée.
J*ai presque son pouvoir.