MARCHE
J U LIA prend place sur le fauteuil au milieu. — Les assesseurs à ses côté*. — Sur Pair de marche, J U LIA , quan l elle est placée, dit :
J U LIA (pa-lé).
Qu’on amène l’accusé.
La marche ne se termine qu’au moment eu les alguazils ayant amené Bcrnadille, l’ont fait asseoir sur le banc).
LE CHOEUR (après la marche, et à demi-voix).
C'est lui ! sans peine on le devine...
La tête basse , en proie au remords, au souci,
Comme il a bien la mine
D'un homme dès longtemps dans le crime endurci ?
J U LIA (qui a compulsé des papiers).
A ccusè, levez-vous ?
(Bernadille se lève vivement).
Votre nom ?
BERNADILLE.
Bernadille.
Je suis très connu dans la ville.
J U LIA
Votre profession ?
BERNADILLE.
Rentier.
LE CHOEUR
Il est rentier !
Quel bon métier , quel bon métier!
JULIA (à Bernadille).
Jurez-vous, sur votre âme De dire, devant nous, toute la vérité ?
BERNADILLE.
Je jure de répondre avec sincérité.
Sur votre âme ?
BERNADILLE. '
Sur mon âme
(a part). Ce nest qu'une formalité.
JULIA
Répondez donc. Vous aviez une femme?
BERNADILLE.
J'avais une femme, en effet.
JULIA
Accusé , qu'en avez-vous fait?
BERNADILLE.
Elle est morte.
JULIA
Morte ?
BERNADILLE (affirmatif).
Elle est morle.
JULIA
Il y va de votre salut ,
Ne mentez pas !... De quelle sorte?
BERNADILLE .
En rendant, comme on dit, le peu d'esprit qu'elle eût.
J U LIA (sévèrement).
N'insultez pas h sa mémoire Et pour détourner le soupçon Ne me brodez pas quelque histoire De votre façon.
BERNADILLE.
Je respecte fort sa mémoire Et ne veux, d'aucune façon,
Vous détourner par quelque histoire De votre soupçon.
J U LIA
On assure pourtant qu'ayant juré sa perte .
Par une indigne trahison Vous l'avez dans une île entièrement déserte Abondonnée... et sans raison ?
BERNADILLE (s’oubliant et criant).
J'en avais une, pardon !
J U L IA
Ah! Ah ! vous avouez donc ?
BERNADILLE.
Je n'ai rien dit, non, non, non !
L'aveu, pour nous, est fort bon ?
Eh ! bien donc, cette raison ?
LE CHOEUR
La raison ? La raison ?
BERNADILLE.
Elle ôtait coquette.
Et pour faire emplette De quelque toilette.
Malgré mes efforts.
Ses mains jamais vicies, Changeaient, trop avides .
En pleines arides Tous mes coffres-forts!
JULIA
Belle raison, certe
Pour déposer sa femme en une île déserte ?
Si les maris avaient droit D'agir de cette manière ,
Votre lie serait Vendroit Le plus peuplé de la terre !
LE CHOEUR
Si les maris avaient droit D'agir de cette manière,
Cette île serait l'endroit Le plus peuplé de la terre .
JULIA
Cherchez autre chose Ou moi,
J'applique, et pour cause, La loi !
BERNA DI RLE.
FAlc (Hait bavarde Bruyante et criarde!
Quoi qu'on fût en garde Contre son caquet;
Tout ce babillage Et tout ce tapage Me mettait en rage Et me suffoquait!
J (J LI A
Belle raison , certe,
Pour déposer sa femme en une île déserte!
Si les maris avaient droit D'agir de cette manière ,
Votre lie serait l'endroit Le plus peuplé de la terre !
c H oe u r .
Si les maris avaient droit Etc., etc.
JULIA
Vous n'avez pas d'autre raison Qui puisse excuser volve crime ,
Et la perfide trahison
Dont votre femme fut victime ?
RERNADILLE (après avoir hésité).
Non !
(Se levant).
JULIA
Non ?
Procès, sans conteste .
Perdu!
(Montrant Bcrnadille).
Au nom du Digeste Pendu !
LE CHOEUR
Procès sans conteste Perdu !
Au nom du Digeste Pendu !
HER N AD ILLE (criant).
Ah! Seigneur juge, f en appelle!
J’avais une raison bien plus grave.
JULIA
Et
Bon gré, mal grc , Puisqu’il le faut, je la dirai.
Mais je ne veux la dire Qu'h vous seul, à vous seul !.
JULIA
A moi
Il suffît ! Au nom de la loi, Que tout le monde se retire.