‹ Jugements relatif à l'ImitationChapitre 4 sur 18 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Paris. — Quoi î lorsque, dans sa fantaisie Recréant un temps d'argutie % Un Scolastique piémontais A les longs travaux tout exprès Vient ravir l'œuvre et la défense De Gerson l'honneur de la France -, Modeste Gence, tu te tais ! Toi l'éditeur et l'interprète D'un livre si cher en tous lieux A tous esprits, tous cœurs pieux -, Livre où, jadis inscrit en tète, Gerson le docteur très-chrétien Reluit si noblement, si hien, Comme dans l'image parfaite Que chez toi nous montre un portrait Du Chancelier, Pasteur hien digne ,

* Le treizième sièele , celui de la théologie scolastique.

' Et possesseur d'un IMannscrit , vraimeut monumental , du neveu Ultime de Gerson, avec l'inscription solennelle de l'ouvrage, sous le nom de son oncle, et la miniature de l'auteur en tôte; manuscrit reconim comme tel par ceux qui l'ont vu et apprécié; entr'autres par MiM. Oossellin et Barbier, Van Praet, Daunou et Petit-Radel, le marquis de Fortia et le baron de Uelffenberg, les abbés Guillon de Montléon et Labouderie, les doctes Villenave, Tourlet et Nauclie. Comment ne pas rajjpcler, à ce sujet, la Description du mémo Manuscrit, pag. j.iv des Prolé^'omènes de l'édition latine de Vlmication, sous son nom ?

A dit notre grand Bossuet , D'être vraiment l'auteur insigne, Par pîus d'un humble et docte écrit, De \ Imitation du Christ 1

Gence. — D'abord, dans un style énergique , Par sa doctrine méthodique, Il fut analyste profond.

Depuis , connaissant l'homme à fond , Et des maux sensible victime , Vrai consolateur s'exprimant Dans une œuvre simple et sublime , Il mit en conseil , en maxime , La raison et le sentiment.

Mais aujourd'hui quel changement !

Ah! mon cher, qu'aurais-je à répondre, Quand dans le texte vient se fondre , Avec l'Écriture et le Droit , Toute l'Ecole et saint Benoît ^; Quand les mots, étouffant les choses , Du texte embrouillent les leçons -, Que ses omissions sont des gloses.

Et ses additions , des raisons ?

Paris. — Cependant le Codex sans date

D'après l'autographe est produit.

Comme le même que constate Un Mémorial qui le décrit.

Là , parmi la neige, il éclate ^.

* Les canons de l'Église, les maximes du dioit , les scolastlques du siècle de ce nom , presque toute la règle de saint Benoît , les nombreuses interpolations du manuscrit de Bobio , sans parler des citations tout au long de la Bible, même sans rapport direct ou textuel , rempbssent la plus grande partie des notes de l'édition. Beaucoup de ces notes sont du treizième siècle, si le texte n'en est pas.

^ Dans le Diarium ou Mémorial , on lit : Nevicavit imihum^ etc.

Seulement clans le Manuscrit C'est un précieux aromate Mêlé parmi le grain, le fruit ^.

Gence. — Dans le Spécimen , loi suprême, Dont ce Mémorial est le thème , L'an treize cent quarante-neuf, Ecrit en chiffre arahe neuf, Joseph Avogadro lui-même Dit;, en mots tracés sans liens :

« Je donne à mon frère que j'aime « Ce Codex de prix, que je tiens, <( De longue main, de mes anciens *. »

Ainsi ^ ce n'est plus un problème :

Gerson et Kempis, Valetel ^

Paris. — Soit dit sans rire -, est-ce une fable Qu'un acte légal , attesté ! . . .

Gewce. — Mais un témoignage semblable Sur un Registre délabré ^, S'il n'est d'un expert éclairé Et non parent, est-il valable ?

Dans le Codex même vanté Les noms font-ils autorité ?

* Voyez l'éclltion où, à la vérité , on dit que dans son Diariurn , Joseph Avogadro {de Advocutis^ , notabat quœ ïpsi eveniebant y mercuriales aliaque ejusmodi. Néanmoins, dans l'extrait du Diariurn , il n'est pas question du prix des grains ; il n'en est parlé que dans le Codex.

* Joseph de Advocatis , :349... "^ sigmiin fraterni amoris... dono illi (Vicentio) preciosum Codicem de Imitationc Christi^ quem où agnatibus {sic) meis longa manu teneo y etc. Comment, de la part d'un homme qui écrit ainsi , les traits mal formés de l'écriture sont-ils sans liaison, et sans mouvement de la main ?

^ Expression du nouvel Éditeur.

* Lacerofolialo.

Paris. — Fils d'un César, Jérôme y brille ^ .

Gence. — Mais quels cliainons de la famille Peuvent remplir Fancienneté De près de deux siècles en somme Depuis Joseph jusqu'à Jérôme, Pour démontrer l'antiquité Des nobles aïeux de Gustave ^, Issus de ces Ad^ocatis Dont le nom latin docte et grave , Dès-lors semble appliqué gratis ^ ?

Si l'acte est vrai , c'est chose étrange Que Chiesa l'historien Nomme Avogadro dit l'archange Comme ermite aiigustinien ^^ Auteur de maint sermon mystique , Sans citer un Codex unique!

Comment eût pu ce Livre exquis , Possédé depuis tant de lustres Par des personnages illustres , Echapper aux Tiraboschis ?

Que dire encore d'un critique Parfois malin et satirique , Quand sous le masque de Gerson , Par son Codex, sa maigre engeance ^,

* Chanoine d'Ivrée, fils de César Avogadro.

2 Gustave de Jldvocatis, signataire du Spécimen exiraiit du Dlarium.

3 C'est depuis la renaissance des lettres anciennes, dans la deuxième Tnoitié du quinzième siècle, que les noms latinisés devinrent à la mode.

^ Nommé par F. Augustin délia Chiesa , dans son Catalogiîe di tutti U scrittori Piemoiiiesi, où il n'est parlé ni de V Imitation de J.-C. , ni do Gerseu, Turin , 1614. — Comment , dans sa Liste des abbés de Verceil,ya-t-il un Guillelmus Jdvocatus ex dominis Queregnce, raort en i34o, sans qu'il y soit parlé de la possession du précieux Codex ?

^ Manuscrits d'Arone , de Mantoue et de Bobio , sous les noms de Gessen, Gersen et Gersem. Le manuscrit de ^dt^cads, qui s'en appuic,^

( 7 ^ ]l veut fairo à lous la leçon , Et croit emporter la balance Sur cent IManiiscrits de renom ?

En Flandre, en Allemagne, en France, Gerson a répondu d'avance.

Rome même honore son nom.

Enfin , des leçons de son âge , Le temps plus mûr scelle l'usager Dans les mots, le sens, la raison Reprend tôt ou tard l'unisson.

Partout innover, est peu sage.

De cent Titres d'autant de lieux L'accord serait-il vicieux ?

La vérité n'a qu'un visage.

Notre Auteur vif, sentencieux , Est, sauf quelque germain adage *, Français au fond dans son ouvrage ^.

ressemble beaucoup, par l'analogie de l'écriture, des chiffres et des leçons, à un manuscrit de Cave, où est dans la lettre Q l'original du portrait d'un Moine. L'un et l'autre rentrent plus ou moins dans la catégorie de ces manuscrits dont celui de Mantoue, également vicieux, avait d'abord appartenu à la congrégation de sainte Justine , qui , nommée honorablement dans un décret d'Eugène IV, en i432 , ne fut supprimée et réunie au Monastère du Mont-Cassin que sous Jules II, en i5o4.

* Nous pourrons donner , avec les germanismes disséminés dans l'ouvrage, une grande quantité de gallicismes ou de locutions vulgaires et usuelles, outre beaucoup de phrases des OEuvres et des Lettres spirituelles de Gerson, semblables ou analogues aux phrases de Vlmitation.

* On sait aussi que les meilleures et les plus nombreuses traductions en sont dues à des Français. Sans citer le succès piodigieux, au quinzième et au seizième siècle, de Vlntcrnelle Consolation^ le pendant de l'ouvrage latin, qu'il nous suffise d'indiquer entre autres les versions du président MarlUac , et de Sacy de Port -Royal, au dix-septième siècle ; celle dite de Gonnelieu , si vulgaire , et du moins simple et naturelle, quoique souvent triviale, avec celle du P. Lallcmand, qui n'eut besoin ni de bordure ni de broderie , au dix-huitième siècle , et

( 8 ) Un consciencieux éditeur Comme un fidèle traducteur D'un Livre où surtout se peint l'homme Et se réHëchil l'idiome De nos bons , de nos francs aïeux , A, dans ses soins heureux, un gage Qu'en paix son travail peut le mieux Attendre du temps l'avantage. -.

Paris. — J'en conviens ^ d'énergiques vers, Plus que la prose, ont la puissance De repousser les traits divers Que sur tes pas sans cesse lance Un rival, à -tort-à-travers...

Après tant de motifs , cher Gence , Le vrai langage est le silence. *

la traduction revue de Valart par Beauzée, épurée'à son tour, au dixneuvième siècle, par M. l'abbé Labouderie. Quant à la nôtre, si elle a obtenu et obtient quelque succès après tant de versions françaises, c'est qu'en s' attachant au texte de l'édition latine, où nous nous sommes gardés d'innover, en conservant les formes et les locutions le plus généralement reçues par le plus grand nombre des manuscrits de France , de Flandre et d'Allemagne , dont le texte est le plus pur , elle a suivi l'exemple de Marillac, dont la traduction, revue par luimême, d'après d'autres manuscrits que ceux d'Italie, a long-temps balancé , quoique vieillie, le succès de celle de Port-Royal.

* Gence. — Nous nous bornons à consigner dans un exemplaire de l'Édition du Codex de yldvocads, outre nos remarques sur le Manuscrit , nos observations concernant les leçons qu'il ne cesse de substituer à celles du texte général ou usuel. Nous aurions d'autant plus à dire sur ces leçons, que le Codex de Inùtadone Christi, contenant les quatre livres sous ce titre, paraît se rattacher à la classe de Manuscrits tvroliens ou lombards , généralement infectés de locutions vicieuses et corrompues, vers l'époque de 1470, où l'inscription porte que quelques-uns seulement appelaient le Livre entier de ce même nom ( Voy. pag. xxïi des Prolégomènes de notre édition latine de Vlmiiation. Paris, Treuttel et Wûrlz, 1826.)

IMPRIMERIE DE MOQUET ET C'*, rue de la Harpe, n. 90.

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