‹ Jules CésarChapitre 2 sur 2 · STATUE · texte numérisé non relu

STATUE

Le maçon rentrait chez lui en compagnie d’un de ses amis, Mr E. de Lussv, homme de grand savoir et artiste de mérite, qui avait quitté momentanément l'ancienne Lutèce, pour venir admirer sa jeune rivale, fondée par Pierre-le-Grand.

« Mais entrons, dit le maçon : cette porte simulée

en bronze et ouverte nous le permet; certes, si nous en avions les moyens, elle serait en métal véritable,

comme le sont toutes les vôtres, car aujourd’hui c’est un luxe assez commun chez les particuliers ; il n’en était pas de même chez les anciens, dont les temples seuls avaient des portes en bronze, et Camille fut mis en jugement par Spurius Carvillus , pour avoir orné sa demeure d’une porte d’airain (*).

Passons le Protyrum (inler januasJ , traversons le vestibule ; il me tarde de vous faire pénétrer dans l’atrium ou la cour. Vous savez comme moi, qu’il en est de cinq espèces différentes : les Toscanes , les Corinthiennes , les Tétrastyles , les cours voûtées , et enfin celles qui sont découvertes. Au centre, se trouve le medium compluvium , où viennent se perdre les eaux pluviales et celles des toits , amenées par des tuyaux en fer isolés des murs, à cause de la rigidité du climat (2).

— Mais, quel luxe d’architecture, quelle richesse en objets d’art antiques et modernes! s’écria notre ami, qui, tout étonné, me demanda, comment j’avais pu

(*) Pline lib. XXXIV, cap. 3.

(2) Vitruvius lib. VI, cap. 3.

rassembler tant de monuments divers d’un si beau choix.

— Vous allez le savoir, lui dis-je, si vous voulez bien m’accorder un moment d’attention.

Et d’abord, commençons par cette statue de bronze, qui domine toutes les autres, et attire vos regards; c’est celle de Jules César. Avant de l'examiner, permettez que je vous fasse connaître où elle a été trouvée, et comment j’en suis devenu possesseur.

Dans ma jeunesse , lorsque j’étudiais à Rome , un personnage distingué de la Cour de Russie obtint de Sa Sainteté le Pape Pie VII la permission de faire exécuter à ses frais des fouilles dans une vigne, située non loin de Saint-Jean de Latran. Plusieurs statues, notamment celle dont il est question , des bas-reliefs et d’autres fragments de sculpture, furent le résultat de ces fouilles, qui durèrent près de deux ans, et dont les frais s’élevèrent à cent mille piastres. Après

une dépense aussi forte , Mr N. N. de D crut

devoir suspendre ses recherches.

Ce seigneur était généralement connu par le noble emploi, qu'il sut toujours faire de son immense fortune. Ses plus grandes dépenses furent occasionnées

par le goût prononcé qu’il conserva toute sa vie pour les beaux-arts. Nous qui l’avons particulièrement connu pendant ce temps où l’Europe était engagée dans les guerres qui suivirent la première révolution française , époque néfaste durant laquelle les beauxarts étaient dédaignés , nous l’avons vu constamment encourager les artistes sans distinction de pays, et les accueillir avec bienveillance, en leur faisant exécuter des statues et des tableaux.

Honneur à ce noble caractère , et aux amateurs éclairés qui l’imitent , en propageant aussi par leur exemple l’amour sacré des arts ! Honneur à ces hommes vertueux , car aujourd’hui ce feu divin , cet amour de l’art se répand et s’infiltre peu à peu dans presque toutes les classes de la société ; il est devenu, pour ainsi dire, un besoin de notre existence. C’est ce penchant vers les œuvres qui tiennent à l’art du dessin, qui a fait revivre la science moderne de l’archéologie , science utile , séduisante , apanage des gens studieux et savants, mais dont nous recommandons aussi l’étude aux gens du monde , dans un moment où les antiquités sont à la mode, où les recherches sont actives, et où les collections se multiplient à l’infini.

Une chose digne de remarque, et qui honore notre siècle, un motif de consolation pour nos artistes, et d'encouragement pour les amateurs à persévérer dans leur goût, c’est que, dans les moments de troubles et de guerres civiles que nous venons de traverser, les arts ont été partout un sujet de sollicitude et de protection. Espérons que l’humanité n’aura plus à gémir sur de pareils désordres, grâce à la sagesse et à la force du grand Souverain, qui mérite à tant de titres nos respects et nos sympathies. Comment ne pas admirer le maréchal Radetzky! Au plus fort des troubles de la Lombardie et du Piémont , il prenait des mesures énergiques pour empêcher la spoliation des musées? Quelle reconnaissance ne doit-on pas au général duc d’Oudinot , qui différa l’assaut de Rome pour conserver au monde entier ces antiques monuments! Enfin, n’est-ce pas faire du pouvoir l’usage le plus noble et Je plus intelligent , que de prévenir l'Europe que toute acquisition provenant des galeries princières ou publiques, sera annullée, et les acquéreurs poursuivis en restitution devant les tribunaux. C’est encore à cette même époque, que le directeur du musée de Dresde, avec plusieurs de ses employés, au milieu des boulets et de la mitraille, décrochait

ses tableanx pour les porter en lieu de sûreté. Reconnaissons dans ces actes de dévouement et dans ces sages mesures, prises au milieu du désespoir et des combats, la douce et bénigne influence des beaux-arts, qui , semblable à un rayon de la divinité , s’épanche en nous, pour nous rendre plus sages, meilleurs et plus heureux.

Mr N. N. de D ayant abandonné ses fouilles,

préféra satisfaire ses goûts par l’acquisition de certaines galeries renommées , par l’achat de nombreux chefs-d’œuvre , et par la recherche dans les cabinets des curieux, des antiquités dignes de ce beau musée, que l’on vit longtemps à Florence, et qui fut, après sa mort , transporté à Saint-Pétersbourg , et partagé entre ses deux fils.

Notre statue fut trouvée dans ces fouilles ; elle était renversée de son piédestal , gisant en morceaux et ensevelie sous les ruines d’une salle , dont elle occupait le centre. Comme il était à craindre quelle n’attirât l’attention de la direction des musées pontificaux, et que son importance fit naître le désir d’en faire l’acquisition , les morceaux qui la composaient furent immédiatement emballés et expédiés à Florence,

où , en l'absence de son légal possesseur , elle resta encore ignorée plusieurs années. Enfin , elle fut restaurée (') et exposée à la curiosité impatiente des savants et des connaisseurs.

Jules César est représenté debout, la tête laurée, portant le manteau, dit paludamentum , posé sur l’épaule gauche et retroussé sur l'avant-bras. Il a pour chaussure les brodequins des soldats (caliqœ) (2). Il tenait sans doute, anciennement, dans la main droite, une lance ou un long sceptre, peut-être d'or ou d’ivoire , et dans la main gauche , une épée dans le fourreau , ainsi qu’est représentée la belle statue de Germanicus en marbre , trouvée en 1792 dans les (*)

(*) L’expression restaurée , que nous employons, ne doit pas être prise ici dans son acception ordinaire, par la raison que notre statue n’a subi d'autre restauration que celle de la réunion de ses morceaux en un seul tout ; ils sont maintenus entre eux par un appareil en fer placé dans son intérieur; les endroits , dont les morceaux manquaient, sont remplacés par du mastic.

(2) Les gens de guerre portaient aux pieds des caligœ ; celle chaussure consistait en une forte semelle , à laquelle étaient fixées des bandes de cuir, qui se croisaient sous le coude-pied vers la cheville. Le plus souvent , une de ces courroies passait entre le gros orteil et le doigt suivant , et s’assemblait avec les autres, ou s'attachait sous le pied de la semelle. C’est de l'usage de celte chaussure , que l'empereur Caligula (Caius Cæsar) avait reçu son nom. (Tacite, annal, lib I, cap. XLI.)

ruines de la basilique de Gabie , et conservée au musée du Louvre (').

Les statues et les bustes de César sont rares ; Yisconti, dans son iconographie romaine, ne désigne que trois bustes de cet empereur , qui se trouvent au Museo Borbonico de Naples, à celui du Capitole à Rome, et au palais de Saint-Cloud, près Paris (2). Il existe cependant plusieurs autres statues de César, et notamment au musée royal de Berlin.

La notre est la seule en bronze connue jusqu’à présent; elle se distingue de toutes les autres par la manière dont elle est vêtue, et aussi par ce que la tête est laurée, ce qui donne à croire quelle a dû être érigée à ce grand homme , sans doute par le sénat, après qu’il eût conféré au dictateur le droit de porter toujours une couronne de laurier. L’histoire rapporte que Jules César était chauve, et qu’aucun des honneurs, décrétés en sa faveur par le sénat et (*)

(*) Gabie ou Gabies , petite ville du Latium , colonie d’Àlbains, sur le chemin de Préneste , longtemps rivale de Rome , et dont Sextus, fils de Tarquin-le-Superbe, s’empara par ruse.

(2) Mongez, iconographie romaine, PI. 26 et suiv.

par le peuple, ne lui plut davantage que la couronne de laurier (').

Nous ne prétendons pas cependant, que cette statue soit précisément la même que celle au bas de laquelle quelques ennemis de César avaient tracé ces mots:

« Brulus , quia reges ejecit , consul primus faclus est ; hic , quia consules ejecit, rex postremà faclus est.»

Afin de prouver que notre statue est bien celle de Jules César, nous citerons ce remarquable passage de Suétone, dans lequel il donne le portrait du héros :

«Il était (Jules César) (2) de bonne santé et de grande stature ; il avait le teint blanc , les membres bien faits et sveltes; ses yeux étaient vifs et noirs, et son visage assez plein; il prenait grand soin de son corps, se faisait épiler et couper les cheveux (3). (*)

(*) Suetone, Cæsar, cap. ko : Ex omnibus decretis sibi a senatu populoque honoribus , non aliud aut recepit aul usurpavit libentius , quam jus laureœ perpetuo geslandœ. (Ibid. cap. 80.)

(2) Suetone, cap. XLV.

(5) Napoléon , qui a eu tant de rapport avec .Iules César, avait encore cela de commun avec lui , que , chaque jour , il se faisait raser, et prenait un soin particulier de sa personne. Nous, qui

IG

Yelleius dit, de son côté, qu'il était le plus beau des Romains.

— Cette statue, telle que vous la voyez, dis-je à mon ami de Lussy, rend avec fidélité tous les détails de la description de Suétone. Le visage est assez plein, la tête est chauve, et ceinte de la couronne de lauriers.

Cette même tête de Jules César, ornée de la couronne de lauriers, se trouve aussi sur quelques monnaies des familles Livineia, Sepullia , etc., reproduites dans l’iconographie de notre ami, Monsieur Sabatier ('); elles contribuent à confirmer l'authenticité du portrait * (*)

avons servi dans sa garde, qui avions par là l'occasion de le voir fréquemment , pendant ses dernières campagnes , de Dresde , de Leipsick et de France, et qui n’avons quitté les drapeaux qu’après la péripétie de ce grand drame à Fontainebleau , il ne nous est jamais arrivé d’apercevoir l’Empereur , devant ses troupes ou au bivouac, que dans une tenue irréprochable et semblable à celle qu’il avait , en descendant des Tuileries pour passer une revue.

(*) Iconographie d’une collection choisie de cinq mille médailles Romaines, Byzantines et Celtibériennes. Ouvrage , dédié à Son Altesse Impériale Monseigneur le Dec de Leuchtenberg, par J. Sabatier, membre fondateur de la Société d’archéologie et de numismatique de Saint-Pétersbourg. Chez Bellizard et C° à Saint-Pétersbourg.

de Jules César. (Voir la planche 2, et la médaille placée au titre (').

Nous devons dire néanmoins que la tête de cette statue est ornée d’une barbe naissante , détail qui semblerait contredit par Suetone, lorsqu’il fait observer que Jules César se faisait soigneusement raser. Cependant, il est fort probable que Jules César dut plusieurs fois déroger à ses habitudes, surtout pendant la guerre. La statue le représente en général victorieux, ce qui donne à penser que l’artiste qui l’a modelé, l’a représenté tel qu’il le vit après une bataille.

Suetone, du reste, nous dit lui-même que Jules César se laissa croître la barbe et le peu de cheveux qu’il avait , après la défaite de Tiburnius , et qu’il ne consentit à se les laisser couper qu’après l’avoir vengé. Or, la jeune barbe de cette statue démontre évidemment , que l'homme auquel elle appartient , n’avait pas toujours l’habitude de la porter; et s’il (*)

(*) D1Y OS. IVL1VS, tête laurée de Jules César, à droite. DIVI. F. tête laurée d’Auguste, à gauche.

ni

en eût été autrement, cette barbe devrait être plus forte et plus soignée.

Nous ne sommes pas les seuls qui considérons cette statue comme l’une des plus belles qui furent coulées en bronze à l’époque où les patriciens attirèrent à Rome les plus célèbres artistes de la Grèce. César lui-même était amateur passionné des arts; il acheta toujours des ouvrages de toreutique , des pierres gravées, des statues et des tableaux (’).

Les ouvrages de bronze, exécutés par Arkesilaos, Boponius et Decius , les rendirent célèbres à Rome, où il était d’usage alors de représenter les héros, dans le genre sublime , héroïque et divin, sans vêtements, avec une lance à la main. Selon Pline (2), ces statues étaient de celles que de son temps l’on nommait Achillées; c’est à celles de ce genre qu’appartient la nôtre.

Mr le comte de Clarac (tom. 1er pag. 56), en parlant de la statuaire en bronze , s’exprime ainsi : (*)

(*) Suetone, cap. V.

(2) Lib XXXIV, cap. X, V.

« On est étonné , en lisant les anciens auteurs , de la prodigieuse quantité de statues en bronze , qui existaient autrefois dans la Grèce et à Rome , et dont le temps et les révolutions ont respecté un si petit nombre, et ne nous ont laissé, pour ainsi dire, presque rien, en proportion de ce qui a disparu. Au rapport de Pline ('), qui s’appuie de l’autorité et des recherches du consul Mucianus , il y avait de son temps à Rhodes (2) trois mille statues en bronze ; autant à Olympie ; on en comptait le même nombre à Delphes , malgré les pillages que cette ville avait éprouvés. Mummius en emporta une plus grande quantité de Corinthe, et en remplit Rome. Les Romains, dès les premiers temps de la république avaient pris Volsinium, pour enlever deux mille statues de bronze. Scaurus en plaça trois mille dans son théâtre. On pourrait encore y ajouter les colosses de Tarente, de Rhodes et cent autres moins considérables , que possédait cette île, dont un seul, selon Pline, eût illustré une ville (3). Il n’y avait presque pas de temple,

(') Pline, lib. XXXIV, cap. XV (2) Ibid. cap. XVII.

(5) Ibid.

de maison de particuliers riches, qui ne renfermassent des statues de bronze , et l’on ne se hasarderait peut-être pas trop en avançant qu’à une certaine époque la Grèce, l’Asie-Mineure et l’Italie possédaient plus de trente mille statues en métal. Auprès de ces richesses , qu’avons-nous dans toute l’Europe, qui ne possède pas cinquante statues antiques en bronze, de grandeur naturelle, et qui en compte fort peu de petites, qui, sous le rapport de l’art, méritent de fixer l’attention?»

« De quel honneur brillait alors la statuaire, qui peuplait le monde de ses superbes productions! A quelle facilité de pratique, à quel degré de perfection ne dut pas être porté cet art, négligé pendant si longtemps chez les modernes, qu'une belle statue de bronze est presque une apparition extraordinaire, qui attire la foule comme un phénomène. »

Les anciens ne nous donnent aucun renseignement sur les moyens qu’ils employaient pour mouler et pour fondre leurs statues de bronze, et sur ce point, comme sur tant d’autres, Pline ne nous apprend rien. Mais , puisqu’ils opéraient sur les mêmes matières que nous, et qu’ils obtenaient à peu près les mêmes

résultats, il est probable que leurs procédés différaient peu des nôtres. Cependant , l’énorme quantité de statues de bronze (quinze cents!), sorties des ateliers d’un seul statuaire, tel que Lysippe('), peut faire penser qu’une grande habitude de la fonte offrait alors aux statuaires , pour en faciliter et en abréger l’exécution, des ressources que nous ne possédons pas.

Nous , qui avons eu l’occasion de faire couler en bronze plus de statues, de bas-reliefs, de portes, de chapiteaux, de bases et d’autres ornements pour la décoration d’un seul temple, que l’Italie n’en produit dans tous les siens ensemble , nous pourrions vous faire connaître en détail les procédés dont nous nous sommes servis, mais ici n’est pas la place; nous nous contenterons d’exprimer à ce sujet notre opinion, que les anciens , en cela, ainsi qu’en presque toutes choses, sont nos maîtres; ils nous ont surpassés dans la fonte comme dans l’art statuaire. (*)

(*) D'après le rapport de Pline et les preuves apportées par Wr Quatremère de Quincy , on ne peut guère douter aujourd’hui que l'art , qui produisait les statues en bronze , ne fut nommé par excellence et particulièrement la Statuaire chez les anciens. Pline aussi dit , en parlant de Lysippe , que cet artiste est l’auteur d’au moins quinze cents statues , dont une seule eût sufli pour faire la réputation d’un artiste.

Notre Jules César en est une nouvelle preuve, par la qualité de son bronze d’une finesse extrême et d’une fort mince épaisseur.

Les anciens tenaient non seulement à l’excellence du travail , mais aussi à la qualité du bronze qu’ils avaient su, par les proportions de l’alliage, porter à une grande perfection, à ce point qu’on citait les airains d’Egine , de Chypre , de Délos et celui de Corinthe du, dit-on, à la fusion et au mélange de plusieurs métaux lors de l’embrasement de cette ville (l’an 146 avant Jésus-Christ). Il paraît, d’après Pline, que ces beaux bronzes , dont les Romains faisaient tant de cas , étaient encore plus anciens ; de son temps, bien des personnages , à l’exemple de Verrès et de Marc-Antoine , avaient la prétention de se connaître d’une façon toute particulière au bronze de Corinthe, et cet auteur ajoute que ce n’était qu’une manière de se faire distinguer parmi les amateurs, qui , au fond , ne s’y entendaient pas mieux que les autres.

La statue antique et en bronze de Jules César, que nous venons de décrire, a 7 pieds 4 pouces anglais de hauteur, elle est jusqu’à ce jour le spécimen

le plus parfait de l’art statuaire chez les Romains, lorsqu’il fut parvenu à son apogée. Quoique déprimée à certains endroits , lorsqu’elle fut renversée sous le poids de la voûte de la salle où elle se trouvait ; elle n’en a pas moins conservé cette grandeur et cette noblesse que les Romains ont apportée à tous leurs ouvrages , et particulièrement aux statues de leurs grands hommes. Ce chef-d’œuvre unique et inappréciable est aux statues pédestres , ce que dans son genre la statue de Marc-Aurèle est aux statues équestres; son sort est d’être recueillie un jour dans l’un des plus beaux musées de l’Europe.

Nous terminerons , en vous disant , mon cher de Lussy , que je la dois à la munificence de Mr A. de Demidoff, auquel, en plaisantant, j’eus l’indiscrétion de la faire demander, et qui s’empressa de me l’envoyer, à ma grande confusion d’abord , et à mon indicible jubilation ensuite.

Ce seigneur russe, en recevant mes remercîments, m’écrivait de sa belle résidence de San-Donato près Florence (2 septembre 1848), au sujet de cette incomparable statue , dont il connaissait mieux que personne toute la valeur :

« Je ne demande pas mieux que de croire à ce « chef-d’œuvre ; la chose constatée, je m’en applaudis « même , puisque c’est moi qui me suis trouvé avoir « le plaisir de l’ajouter à votre collection. »

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