PINDARUS
Bien tristes, monseigneur 1
CASSIUS
Voyons: quelles sont-elles ?
PINDÀRUS.
Je vois Titinius. — A grands coups d'éperon il tâche d'échapper aux mains de Fescadron.
11 galope... il galope... Ohî Dieu! ils vont le prendre l Maintenant de cheval j'en vois plusieurs descendre;
Lui-même en fait autant. — C'en est lait : il est pris.
(On entend des cris lointains.)'
Écoutez, écoutez, comme ils poussent des cris 1 1 1
Descends: car ce n'est plus des yeux qu'il faut le suivre*
0 lâche que je suis ! de pouvoir eiicor vivre Pour voir un tel ami fait captif devant moil...
(Entre Findarat.)
Viens, toi ([ue j'ai conquis parmi les Parthes, toi
A qui j'ai fait jurer, en t'accordant la vie,
Qu'en tout ma volonté serait par toi suivie,
Quoi qu'il put résulter de mon commandement :
Le moment est venu de tenir ton serment.
Je t'atlïanchis, mais prends cotte iidèle épée
Dans le sang de César si durement trempée.
Et cherche ici mon cœur. . . Ne réponds rien : sois prompt.
Et, dès que ce manteau m aura couvert le front,
(U SB emnt le Tsage.)
Guide ce fer. — César, ce fer sert ta vengeance
Gomme il a pris ta vie...
(U meurU)
PJNDARUS.
Il fait ma délivrance ; Mais c'est bien inalgi (3 moi (jue je l'obtiens ainsi. Gassius, Pindarus fuira si loin d'ici, Qu'en lui jamais Romain ne verra ton esclave.
^11 sort. — Rcutreut Tiliuius et Messala.) MESSALA.
Le succès se compense entre nous; car Octave Se sentait accablé par le noble Bmtus, Tandis que Mai^oAutoine accablait Gassius. *
kCm ▼/ SCÈNE
Tirniius.
Cela va consoler Gassius, j'imagine.
messâla.
Où l'avez-vous laissé?
TITIHIUS*
Là sur cette colline; Son morne désespoir avait pour ioni appui Pîndarus, son esclave.
MESSALA
Oh i ciel 1 n'est-ce pas lui Que j aperçois là-bas ccmché sur la prairie ? Mais il n'est pas couché comme est un homme en vie. Je frémis...
MfiSSALA.
Est-ce lui ?
TITINIUS
Ce fut lui, JMessala.
Mais Cassius n'est plus... notre espoir finit là. 0 soleil, tu palis; ta splendeur expirante Empourpre Fhorizon d'une teinte sanglante :
Ainsi meurt Cassius ; notre astre, en s éclipsant, S'est voilé, comme toi, d'un nuage de sang.
Oui, le soldl de Rome est couché ; les ténèbres. Les vapeurs de la nuit et ses voiles fuaèhi«s Vont nous envdopper pour j a mais, Messala. . . NoIto tâche est huie. — Et qui l'a conduit là ?
332 JULES CÉSAB.
L'erreur qu'en ses esprits a jeté l'entreprise Qu'il m*aTait confiée.
M£SSALA.
0 funeste méprise, 0 détestable erreur qu'enfantent les chagrins, Pourquoi rends- tu visible un malheur que tu crains? Tes fruits conçus trop tût ne vont jamais à terme, £t tu donnes la mort au sein qui te renferme.
TITIlïIUS, appeUmt.
Viens à nous, Pindarus?— Je ne l'aperçois pas. —
MESSALA
Cherchez-le, — Vers Brutus, moi, je porte mes pas; Je vais par mon récit déchirer son oreille; Oui, je puis me servir d'une iinai^e pareille, Car les dards vénéneux et les glaives aigus Seraient moins douloureu^L pour le cœur de Brutus Que le rapport sanglant d'une erreur si funeste.
TITINIUS
Hâtez-vous, Messala, tandis qu'ici je reste
Pour chercher Pindarus.
(Mcssala sort.)
(TiUrnuf coBtiaMnt.)
11 n'est plus ! Oh ! pourquoi.
Mon brave Gassius, m'envoyer loin de toi ?
rj'ai-je pas rencontré tes compagnons de gloire ? N'as-tu pas entendu quand ils criaient: Victoire? N'ai-je pas rapporté, d'un retour assez prompt, Les lauriers qu'à ta gloire ils ont mis sur mou front?