‹ Jules César tragedie ShakspeareChapitre 95 sur 113 · PINDARUS · texte numérisé non relu

PINDARUS

Bien tristes, monseigneur 1

CASSIUS

Voyons: quelles sont-elles ?

PINDÀRUS.

Je vois Titinius. — A grands coups d'éperon il tâche d'échapper aux mains de Fescadron.

11 galope... il galope... Ohî Dieu! ils vont le prendre l Maintenant de cheval j'en vois plusieurs descendre;

Lui-même en fait autant. — C'en est lait : il est pris.

(On entend des cris lointains.)'

Écoutez, écoutez, comme ils poussent des cris 1 1 1

Descends: car ce n'est plus des yeux qu'il faut le suivre*

0 lâche que je suis ! de pouvoir eiicor vivre Pour voir un tel ami fait captif devant moil...

(Entre Findarat.)

Viens, toi ([ue j'ai conquis parmi les Parthes, toi

A qui j'ai fait jurer, en t'accordant la vie,

Qu'en tout ma volonté serait par toi suivie,

Quoi qu'il put résulter de mon commandement :

Le moment est venu de tenir ton serment.

Je t'atlïanchis, mais prends cotte iidèle épée

Dans le sang de César si durement trempée.

Et cherche ici mon cœur. . . Ne réponds rien : sois prompt.

Et, dès que ce manteau m aura couvert le front,

(U SB emnt le Tsage.)

Guide ce fer. — César, ce fer sert ta vengeance

Gomme il a pris ta vie...

(U meurU)

PJNDARUS.

Il fait ma délivrance ; Mais c'est bien inalgi (3 moi (jue je l'obtiens ainsi. Gassius, Pindarus fuira si loin d'ici, Qu'en lui jamais Romain ne verra ton esclave.

^11 sort. — Rcutreut Tiliuius et Messala.) MESSALA.

Le succès se compense entre nous; car Octave Se sentait accablé par le noble Bmtus, Tandis que Mai^oAutoine accablait Gassius. *

kCm ▼/ SCÈNE

Tirniius.

Cela va consoler Gassius, j'imagine.

messâla.

Où l'avez-vous laissé?

TITIHIUS*

Là sur cette colline; Son morne désespoir avait pour ioni appui Pîndarus, son esclave.

MESSALA

Oh i ciel 1 n'est-ce pas lui Que j aperçois là-bas ccmché sur la prairie ? Mais il n'est pas couché comme est un homme en vie. Je frémis...

MfiSSALA.

Est-ce lui ?

TITINIUS

Ce fut lui, JMessala.

Mais Cassius n'est plus... notre espoir finit là. 0 soleil, tu palis; ta splendeur expirante Empourpre Fhorizon d'une teinte sanglante :

Ainsi meurt Cassius ; notre astre, en s éclipsant, S'est voilé, comme toi, d'un nuage de sang.

Oui, le soldl de Rome est couché ; les ténèbres. Les vapeurs de la nuit et ses voiles fuaèhi«s Vont nous envdopper pour j a mais, Messala. . . NoIto tâche est huie. — Et qui l'a conduit là ?

332 JULES CÉSAB.

L'erreur qu'en ses esprits a jeté l'entreprise Qu'il m*aTait confiée.

M£SSALA.

0 funeste méprise, 0 détestable erreur qu'enfantent les chagrins, Pourquoi rends- tu visible un malheur que tu crains? Tes fruits conçus trop tût ne vont jamais à terme, £t tu donnes la mort au sein qui te renferme.

TITIlïIUS, appeUmt.

Viens à nous, Pindarus?— Je ne l'aperçois pas. —

MESSALA

Cherchez-le, — Vers Brutus, moi, je porte mes pas; Je vais par mon récit déchirer son oreille; Oui, je puis me servir d'une iinai^e pareille, Car les dards vénéneux et les glaives aigus Seraient moins douloureu^L pour le cœur de Brutus Que le rapport sanglant d'une erreur si funeste.

TITINIUS

Hâtez-vous, Messala, tandis qu'ici je reste

Pour chercher Pindarus.

(Mcssala sort.)

(TiUrnuf coBtiaMnt.)

11 n'est plus ! Oh ! pourquoi.

Mon brave Gassius, m'envoyer loin de toi ?

rj'ai-je pas rencontré tes compagnons de gloire ? N'as-tu pas entendu quand ils criaient: Victoire? N'ai-je pas rapporté, d'un retour assez prompt, Les lauriers qu'à ta gloire ils ont mis sur mou front?

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