MEDITATION
Dans le décor aux tons violents, le parquet vert comme une prairie, les cloisons jaunes comme de la paille, en un coin un écran de soie blanche sur lequel éclatent des pivoines rouges en leurs feuillages ; en un
autre, des coussins, des étoffes jetées et fastueusement violettes, pourpres, bleues, — un bonze, immobile, médite...
En vêtements blancs très simples, les mains décharnées, la face soucieuse et grave d'un vieillard, aux yeux savants et très tristes, sous des sourcils très longs qui pendent comme des moustaches, les joues et le front oîi sont gravés en rides les chagrins soufferts et les pensées sombres, à genoux presque, il regarde un insecte infime qui, sur le dos, se tord et se débat, les pattes frappant l'air en une gymnastique apeurée... Tout ce mouvement de bestiole ; pourquoi ? Et cet acharnement à vouloir Etre ? Tout ce que lui ont appris, en ses études patientes les yiailles philosophies, toute l'amertume sans fin de celui qui sait, toutes les méditations anciennes ont fait sa pensée plus pénible et sa rêverie plus sombre, mais il est incertain encore, le vieillardj et se penche pour deviner plus loin, vers ce rien qui se débat, interdit devant l'impénétrable mystère de la vie...