Cette réponse est datée du 29 février
qu’à ce jour. Je pense donc que vous verrés avec plaisir une occasion de placer honorablement un officier qui est à la demie solde, dont vous me rendés un compte si avantageux.
Je vous prie, Monsieur le Duc, de m'attacher en ma qualité de Lieutenant Général M. de Loménie comme aide de camp, et de vouloir bien m'adresser la lettre de service.
Recevés, Monsieur le Duc, l’assurance de ma haute considération et de mon inviolable attachement.
NOAILLES, PRINCE DE PoIx.
Je n’ai jamais eu d'Aide de Camp comme Lt-Général jusqu’à ce jour.
À M. le Duc de Feltre, Ministre, Secrétaire d’État de la Guerre.
Cette proposition n’est pas acceptée. Le 20 mars, le Chef de Bureau émet un avis défavorable. En marge de son rapport, une main irritée trace ces mots : « Leur en estil accordé par leur organisation ? En avaient-ils avant la Révolution ? En ont-ils depuis le retour du Roi en 1814» ? (1)
Ainsi, Madame Charles a passé six semaines à Gand, au moment des Cent-Jours. Elle y a apporté non seulement un peu du charme de Paris, mais surtout des « pièces intéressantes ». Quel prélude aux Préludes ! Elvire, courrier secret! Julie chargée de la valise diplomatique ! La douce et dolente créole muée en conspiratrice ! Voilà qui nous change de « cette pure et touchante beauté », de cette figure de rêve que célèbrent les Méditations !
Ce n’est pas tout. À peine arrivée, elle intrigue de son mieux, et ses aventures ne tardent pas à défrayer la chro-
4. Arch. Min. Guerre, loco citato. — La plupart des demandes de Loménie de Marmé sont datées de «chez M. Charles, membre de l’Institut, au Palais De l'Institut », cette inscription étant sans doute de la main d’Elvire.
nique. Oh, sans doute, elle a déjà exploré le pays du Tendre... Peu après son mariage, n'a-t-elle pas « aimé ou cru aimer... un homme d’un nom illustre par le génie, puissant par une haute faveur auprès du chef du gouvernement, séduisant par la gloire qui l’entourait et par la figure ? » (1) Elle n’en est donc plus à ses débuts. Son voyage à Gand n’en marque pas moins une étape décisive dans sa carrière de grande amoureuse. Jusque là, elle n’a jeté son dévolu que sur des vieillards : Charles, Fontanes, Lally-Tollendal. A partir de 1815, elle finit par trouver les sexagénaires un peu courts d'amour. Elle commence à découvrir la jeunesse. Il ne lui reste plus, pour savourer les rapides délices des plus beaux de ses jours, qu’à rencontrer Lamartine.
4. Lamartine, Raphaël et Cours familier de Littérature, Entretiens CLXI et CLXII, Tome XXVII, pp. 349 et 353. Le poète éprouve infiniment moins d’admiration pour ce précurseur, « gros homme carré comme un Limousin » et qui — à coïncidence ! — était l’intime ami de Lally-Tollendal.
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