‹ JulieChapitre 1 sur 200 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

D*. i.'iAiramr.RiE et de i.a fonderie sTÉRâoxyrEf i)£ PiKiinE DIDOT L AINK , et de I'irmi» DIDOT»

JL I- faut des spectacles dans les grandes villes , et des romans aux peuples corrompus. J'ai vu les moeurs de mon temps , et j'ai publié ces lettres ; qtie n'ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu!

Quoique je ne porte ici que le titre d'éditeur, j'ai travaillé moi-même à ce livre, et je ne m'en cache pas. Ai-je fait le tout, et la correspondance entière est-elle une fiction.'* Gens du monde, (|ue vous importe.-' c'est sûrement une fiction pour vous.

Tout honnête homme doit avouer les livres qu'il pnhlie : je me nomme donc à la tète de ce recueil , non pour me l'approprier, mais pour en répondre» S'il y a du mal, qu'on me l'impute ; s'il y a du bien, je n'entends point m'en faire honnenr. Si le livre est mauvais, j'en suis plus obligé de le reconnoître : je ne veux pas passer pour meilleur que je ne suis.

■ Quant à la vérité des faits, je déclare qu'ayant été plusieurs fois dans le pays des deux aniaiits, je n'y ai jamais oui parler du baron d'Etan|:::e ni de sa fille, ni de M. d'Orbe, ni de mylord Edouard lîoinston, ni de M. de Wolmar : j'avertis encore que la topographie est grossièreincîit altérée on plusieurs eudroits , «oit pour mieux donner le eliange au lecteur, .soit qu'eu elïel l'auteur n'en sût pas davantage. Yoi* là tout ce que je puis dire; que chacun pense comme il Ini jdaira.

Ce livre n'est point fait pour circuler dans Ip inonde, et convient à très peu d;; Irrteurs. I-e stylo rebutera les genc <le goût; la matii-Tc alarmera le» gens avères; toa« les seniimcnts seront hors de 7j

nature pour ceux qui ne croient pas à la vertu. Il doit déplaire aux dévots, aux libertins, aux philo- .sopLcs; jl doit choquer les feuiines galiniles, et scandaliser les boanètes femmes. A qui pl,iira-t-il donc? Peut-être à moi seul ; mais à coup iùr il ne plaira médiocrement à personne.

Quiconque veut se résoudre à lire ces lettres doit s'armer de patience sur h-s fautes de langue, .sur le •style empbatique el i)laf , sur les pensées communes rendues en termes ampoulés ; il doit se dire d'avance que ceux qui les écrivent ne sont pas des Français •> des beaux esprits, des académiciens, des philosophes, mais des provinciaux, des étrangers, des solitaires, des jeunes gens, presque des eufau's, qui, dans leurs imaginations romanesques, prennent pour de la philosophie les bonnêtes délires de leur cerveau.

Pour(|Uoi craindrois-jc de dire ce que je pense.' Ce recueil avec son golluque ton convient mieux aux femmes que les livres de philosophie : il peut même être utile à celles qui , dans une vie déréglée , ont conservé quelque amour pour l'honnêteté. Quant aux filles, c'est autre cliose. Jamais 1111e chaste n'a lu de romans, et j'ai mis à celui-ci un titre assez décidé, pour qu'en l'ouvrant on sût à quoi s'en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule page est une illlc perdue : mais qu'elle n'impule point sa perte à ce livre, le mal éloit fait d'avance. I'uis(|irelle a commencé, qu'elle acbeve de lire : elle n'a plus rien à risquer.

Qu'un homme austère, en parcourant ce recueil, se rebute aux premières parties, jette le livre avec colère , et s'indigne contre l'éditeur, je ne me plaindrai point de son injustice; à sa place, j'en aurois pu faire autant. Que si, après l'avoir lu tout entier, quelqu'un m'osoit blâmer de l'avoir publié, qn'il

le dise, s'il fent, à toute la terre; mais qu'il ne vienne pas me le dire : je sens que je ne pourrois de ma vie estimer cet liomme-là.

Allez, bonnes gens avec qui j'aimai tant à vivre , et qui m'avez si souvent consolé des outrafjes des méchants, allez au loin chercher vos semblables; fuyez les villes, ce n'est pas là que vous les trouverez. Allez dans d'humbles retraites amuser quelque couple d'époux fidèles, dont l'union se resserre aux charmes de la vôtre; quelque homme simple et sensible qui sache aimer votre état; quelque solitaire ennuyé du monde, qui, blâmant vos erreurs et vos fautes , se dise pou-tant avec attendrissement : Ah ! voilà les âmes qu'il falloit à la mienne !

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