PREMIERE PARTIE. aaS
venir. Celui qui va se battre de gaieté de cœur n'est à mes yeux qu'une bète féroce qui s'efforce d'eu déchirer une autre ; et , s'il reste le moindre sentiment naturel dans leur ame , je trouve celui qui périt moin.s à plaindre que le vainqueur. Voyez ces hommes accoutumés au sang , ils ne bravent les remords qu'en étouffant la voix de la nature ; ils de- ■^ iennent jmr degrés cruels , insensibles ; ils se jouent de la vie des autres ; etlapunition d'avoir pu manquer d'humanité est de la perdre enfin tout-ài lit. Que sont-ils dans cet état.** Réponds, veux-tu leur dévenir semblable? Non, tu n'es point fait pour cet odieux abrutissement; redoute le premier pas qui peut t'y conduire : ton ame est encore innocente et saine, ne commence pas à la dépraver a u péril de ta vie par un effort sans vertu , un crime ; ans plaisir , un point-d'honneur sans raison.
Je ne t'ai rien dit de la Julie ; elle gagnera sans doute à laisser parler ton cœur. Un mot, un seul mot, et je te livre à lui. Tu m'as honorée quelrpiefois du tendre nom d'épouse; peut-être en ce moment dois-je porter celui de mère. A'^eux-tu me laisser veuve avant qu'un nœud sacré nous unisse?
P. S. J'emploie dans cette lettre une autorité à laquelle jamais homme sage n'a résisté. Si vous 1 (fusez dcfVous y rendre , je n'ai plus rien à vous (lire; mais pensez-y bien auparavant. Prenez huit jours de réflexion pour méditer sur cet important ftujct. Ce n'est pas au nom de la raison que jr vous demande ce délai , c'est au mien. Souvenez-vous que j'use en celte occasion du droit que vous m'a-
vez donné vous-même, et qu'il s'étend aa moins jusqiies-là.