PREMIERE PARTIE
fassent oublier les vivants? Tes regrets sont jnstes , et je les partage ; mais doivei.t- ils être éternels? Depuis la perte de ta mère , elle t'avoit élevée avec le plus grand soin : elle étoit plutôt ton amie que ta gouvernante; elle t'aimoit tendrement , et m'aimoit parceque tn m'aimes, elle ne nous inspira jamais que des principes de sagesse et triionneur. Te sais tout cela , ma chère , et j'en conviens avec plaisir. Mais conviens aussi que la bonne femme étoit peu prudente avec nous; qu'elle nous faisoif sans nécessité les conlîdences les jdus indiscrètes ; qu'elle nous entretenoit sans cesse des maximes de la galanterie, des aventures de sa jeunesse, du manège fies amants; et que, pour nous garantir des pièges des hommes, si elle ne nous apprenoit pas à leur e'h tendre , elle nous instruihoit au moins de raille choses que de jeunes filles se passeroieiit bien de savoir. Consoletoi donc de sa perte comme d'un mal qui n'est pas sans quelque dédommagement : à l'âge où nous sommes, ses leçons oomniençoieul à devenir dangereu- .'.es , et le ciel nous l'a peut-être ôtée au moment où il n' étoit pas bon qu'elle nous restât plus longtemps. Souviens -toi de tout ce que tu me disois quand je perdis le meilleur des frères. La Chaillot t'est -elle plus chère? as -tu plus de raison de la regretter?
Reviens , ma chère , elle n'a nlus besoin de toi. irél.is ! tandis que tu perds ton temps en regrets suprrllus , coujment ne crains-tu point de t'en attirer d'autres? comment ne craios-tu point, toi qui con- Boi.s l'état de mon cœur, d'abandonner ton amie îi dea périls que ty présarice aurûit prévenus? Ohl
qu'il s'est passé de choses depuis ton départ! Tu frémiras en apprenant quels dangers j ai courus p.ir mon imprudence, .lespere en être délivrée; mais je me vois, pour ainsi dire, à la discrétion d'autrui : c'est à toi de me rendre à raoi-mémi'. Hàte-toi donc de revenir. Je n'ai rien dit tant que tes soins étoient utiles à ta pauvre bonne ; j'eusse été la première à t' exhorter à les lui rendre. Depuis qu'elle n'est plus , c'est ù sa famille que tu les dois : nous les remplirons mieux ici de concert que tu ne ferois seule à la campagne , et tu t'acquitteras des devoirs de la reconnoissance sans rieu ôter à ceux de l'amitié.
Depuis le départ de mou père nous avons repris notre ancienne manière de vivre , et ma mère me quitte moins ; mais c'est par habitude plus que par défiance. Ses sociétés lui prennent encore bien des moments qu'elle ne veut ])as dérobera mis petites études, et Babi remplit alors sa place assez négligemment. Quoique je trouve à cette bonne mère l»eaucoup trop de sécurité, je ne puis me résoudre à l'en avertir ; je voudrois bien pourvoir à ma sûreté sans perdre son estime , et c'est toi seule qui peux concilier tout cel i. Reviens , ma Claire , reviens sans iarder. .l'ai regret aux leçons (jue je prends sans toi , et j'ai peur de devenir troj» savante: noire maître n'est j)as seulement un homme de mérite , il est vertueux , et n'en est que plus à craindre, .le suis trop contente de lui pour l'être de moi : k son âge et au notre, avec l'homme le plus vertueux, quand il e^t aimable, il vaut mieux être deux filles qu'une.