‹ JulieChapitre 20 sur 53 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

voulez-vous? Pendant des années on lutte, on combat au nom du devoir, de la Foi, de l'honneur... on refoule, on comprime à deux mains les sentiments qui vous inondent le cœur, la pitié, la tendresse, l'indignation, le désespoir... et tout à coup une heure vient où l'on sent qu'on n'est plus le maître, que le cœur déborde, qu'il entraîne tout... qu'il n'y a plus de devoir, de foi, ni d'honneur... qu'on aime, qu'on aime... qu'on aime, et voiià tout!...

JULIF, d'un ton de reprorlie et de douleur.

Mon ami !

TURGV.

Votre ami... je ne le suis plus, je vous l'ai dit!... Je no puis plus, je ne veux plus l'être'... et si je restais près de vous, je n'aurais plus qu'une pensée. .. .vous perdre, vous traîner avec moi aux abîmes pour vous enlever aux autres plus sûrement, pour vous lier à moi à jamais!

J'écoute... je ne comprends pas... Est-ce vous qui parlez?

TCRGV, se laissant tomber s:ir un fauteuil près de la table, 5 gauche.

Eh! grand Dieu! n'ai-je pas élé assez honnête homme, voyons! assez loyal, assez patient... depuis des années que je suis là sous le charme de votre beauté, de vos vertus, de vos souffrances, vous aimant follement, tout près de défaillir dès que votre main touche la mienne, dès que votre robe agiie l'air au!our de moi, le cœur rempli de paroles d'adoration qui

brûlent mes lèvres et que mes lèvres retiennent... Et pour qui tant de respects, de loyauté, de tortures?... pour qui?... Oh! ne craignez rien... non! je n'accuse personne... Moi seul... moi seul je suis coupable, c'est vrai!

Il s'est \e\ù.

Oui... vous seul... et bien coupable!... Adieu!...

TIR G Y, revenant.

Et pourtant qui m'a amené là? Qui a fait de moi un traître à l'amitié et à l'honneur? Je n'étais pas né pour ce rôle-là. Dieu lésait... vous le savez aussi; et si je vous avais vue aimée, heu reuse, honorée, comme vous méritiez de l'être entre toutes, Jamais... jamais je n'aurais eu l'infâme pensée de toucher à votre bonheur. Il m'eût été sacré!... Mais vous voir, vous... vous si dio;ne de donner le bonheur et de le connaître, vous dont l'amour me semblait, quand j'y songeais, une ivresse impossible... vous qui eussiez fait de ma vie unie à la vôtre un pur enchantement...

JULIE, un peu enivrée et défaillante.

Je vous supplie... je vous supplie... partez!

ÏL RGV.

Voir ce cœur si doux et si fier, cette âme ch.irmante, celte grâce parfaite... tout ce que vous êtes enfin... tout cela perdu... dédaigné... outragé!...

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