Ibid., p
importe, dit Julien, que le gouvernant soit meilleur que les gouvernés, — qu'il soit ainsi, non seulement par choix, mais par nature, ce qui est rare parmi les hommes, — et que, par tous les moyens et de toutes ses forces, il s'attache aux lois : non point à des lois de circonstance, œuvre de gens qui n'ont pas toujours vécu selon la raison, mais aux lois dictées par des hommes dont le cœur et l'esprit épurés n'ont pas limité leurs vues aux désordres présents et aux circonstances passagères, mais qui, après avoir approfondi la nature du gouvernement, l'essence du juste et celle de l'injuste, ont, dans la mesure du possible, fait passer leurs idées de la théorie dans la pratique, et donné des lois communes à tous les citoyens, sans avoir égard à la faveur ou à la haine, au voisin ou au parent : car il faut légiférer non pour ses contemporains, mais pour la postérité, pour des étrangers, pour des hommes avec qui l'on a et Ton n'aura jamais de rapports *. »
L'intérêt du sujet fera excuser la longueur des citations. Elles étaient nécessaires pour faire bien connaître la philosophie politique de Julien. Son idéal du prince est très grand et très noble. Le prince digne de ce nom doit être supérieur aux intérêts et aux passions, et prendre pour son seul guide la justice. Homme, il lui faut rivaliser de sagesse et de vertu avec les dieux. C'est « la partie divine de l'art de gouverner, » définie avec autant de force et en moins de mots par Bossuet. Sur ce point, tous les honnêtes gens, tous ceux qui savent rattacher à ses hautes sources l'idée d'autorité, tous ceux qui ont « du prince » une autre idée que Machiavel, se mettront