‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 158 sur 296 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

tantôt par le sarcasme l : mais les prêtres des dieux demeurèrent étrangers à ce mouvement d'attaque ou de défense. Ils n'essayèrent jamais d'opposer des contremissions aux missionnaires de l'Évangile qui allaient répandant leurs idées par les rues et par les chemins, sur les places publiques et dans les maisons. Us laissèrent le gouvernement romain défendre les dieux : mais à ceux qui s'étaient détachés des antiques croyances, et qu'ils voulaient y ramener, les magistrats, soucieux de discipliner et non de convaincre, n'avaient trouvé à dire, et ne pouvaient guère trouver, que ce mot : « Crois, ou meurs. » Bien qu'il eût aussi, à sa manière, l'esprit de persécution, Julien était trop intelligent pour ne pas sentir l'infériorité d'une religion qui n'aurait pour garder ou pour regagner des adhérents d'autre moyen que le recours à la force matérielle. Comme il se flattait d'amener l'hellénisme à donner à ses fidèles un véritable enseignement religieux, il devait se croire capable de lui communiquer en même temps le désir et la volonté de faire des conquêtes au dehors. Pour correspondre tout à fait à l'idéal sur lequel Julien voulait modeler le paganisme nouveau, ses prêtres furent invités à avoir désormais, autant que les prêtres chrétiens, soif des âmes, à ne souffrir autour d'eux aucun étranger à leurs croyances, à répandre celles-ci avec ardeur.

Cela encore , pour eux, était nouveau. Beaucoup, satisfaits de jouir paisiblement de leurs prébendes, s'inquiétaient peu de la religion professée par leurs concitoyens, et même par leurs amis ou par leurs

1. Aube, la Polémique païenne à la fin du II* siècle, Paris, 1878. - Voir la Persécution de Dioctétien, 2* éd., 1. 1, p. 76-80*

proches. Non seulement ils la laissaient attaquer sans la défendre , mais ils acceptaient la défection de leur entourage le plus intime. Il fallut user de la menace pour les ramener au sentiment de leur devoir ou de leur rôle. Julien écrit au grand prêtre de Galatie de destituer les prêtres de sa province « qui ne donneraient pas avec leurs femmes, leurs enfants et leurs serviteurs l'exemple du respect pour les dieux, mais supporteraient que leurs esclaves, ou leurs fils, ou leurs femmes se montrent impies envers les dieux et au culte de ceux-ci préfèrent l'athéisme ! . » En un autre endroit, Julien leur demande nettement non plus seulement de maintenir, mais de propager leur religion : « C'est la marque d'un prêtre aimant les dieux, s'il amène tous ceux de sa famille à pratiquer leur culte 2 . » Dans une de ses lettres à la prêtresse Théodora il exige plus encore : il voudrait que les prêtres s'interdisent tout commerce d'amitié avec les infidèles : « Je le dis expressément : si tu aimes un homme ou une femme, soit libre, soit esclave, qui ne vénère pas les dieux ou qui n'offre du moins pas d'espérance de conversion, tu commets une faute... Pour moi, je ne pourrais me plaire à être aimé de gens qui n'aiment pas les dieux... 3 » Julien donnait l'exemple de ces sentiments : « il avait pour principe, dit Libanius, de considérer comme ami quiconque était l'ami de Zeus, mais de refuser son amitié à tout ennemi de Zeus et des dieux, surtout s'il n'avait pas l'espoir de le convertir 4 . » Il justifiait cette manière d'agir par une

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