Julien, Ep
2. 'Opwv ouv noXX^v (iàv ôXiywpiav ofoav fytïv npàç îoùç Ôeovç. Ep. 63 ; Hertlein, p. 587.
3. « Senserunt hoc s toi ci, qui servis et mulieribus philosophandum esse dicebant. » Laclance, Div. Inst., III, 23.
tiens ; mais personne n'eût eu la pensée d'engager les maîtres à faire de la propagande, et moins encore les prêtres à faire acte de sacerdoce en travaillant à la conversion de ces humbles. L'apostolat domestique n'existait que dans les maisons chrétiennes 1 . C'est encore un trait que Julien essaie d'emprunter au christianisme, pour le transporter dans son paganisme renouvelé.
Julien s'était évidemment nourri d'illusions, en s'imaginant qu'il serait possible de tirer de l'hellénisme un enseignement doctrinal et une règle des mœurs. Ses efforts pour lui insuffler l'esprit de propagande ne furent pas moins vains. Il ne parvint pas à secouer, chez les prêtres, l'indifférence dont il se plaignait amèrement. En vain avait-il donné, dans ses discours sur le Roi Soleil et sur la Hère des dieux, des exemples et, dans sa pensée, des modèles de la prédication dogmatique telle qu'il la comprenait : il ne semble pas que ces morceaux d'éloquence, plus abstraite d'ailleurs que pratique, et véritablement ennuyeuse, aient suscité beaucoup d'imitateurs. Si quelque réel travail de propagande avait répondu, de la part du clergé païen, à ses exhortations «t à ses désirs, il en serait évidemment resté trace. Libanius, dont la mémoire fidèle n'oublie rien de ce qui peut •servir à la gloire de Julien, n'aurait pas manqué de nous renseigner sur ce succès partiel de son œuvre. La correspondance du célèbre sophiste fait une seule fois allusion à un sermon prononcé dans un temple. C'est un « sermon laïque. » Son auteur n'est pas un prêtre, mais un rhéteur, qui, parlant dans un sanctuaire d'Es-
1. Voir dans les Esclaves chrétiens, 3* éd., p. 300-320, le chapitre intitulé : l'Apostolat domestique.
culape, naguère dévasté par les chrétiens, aujourd'hui rendu au culte, célèbre ce changement. Il se hâta d'envoyer ensuite à l'approbation de Libanius ce morceau de rhétorique, ce qui lui valut une lettre élogieuse, où le discours qu'il vient de prononcer est comparé au « miel des Muses. » Rien dans tout ceci ne sent l'apostolat. Cependant Libanius dit aussi que dans les temples d'Antioche on commenta Platon ou Pythagore. Mais il ajoute que ces discours n'eurent aucun succès, et que pas un chrétien n'en fut ébranlé dans « ses croyances déjà antiques *. » S'il en fut ainsi dans une cité où alors résidait Julien, on peut juger de ce qui dut se passer ailleurs. Il est probable que les paroles prononcées dans « la chaire » païenne 2 furent rarement autre chose que des invectives « contre les évêques, les prêtres, les apôtres, les prophètes et le Christ lui-même 3 ; » c'est du moins l'idée que saint Grégoire de Nazianze nous donne de cette prédication, plus faite pour flatter les passions de Julien que pour satisfaire son orgueil.
Sans doute, Julien se trompa plus complètement encore, si vraiment il essaya d'introduire dans la religion païenne la discipline pénitentielle de l'Église, comme l'affirme le même contemporain 4 . L'Église était une assez vieille maltresse de morale, et gouvernait les consciences avec assez d'autorité, pour faire accepter de ses fidèles « des peines graduées selon le péché, » et destinées tout ensemble à la punition et à l'amendement
1. Libanius, Ad Antiochenos de Régis ira; Reiske, 1. 1, p. 503.
2. KaO&pav Xoi|ifiv. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio V, 29.