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facilement d'accord. Aristote parle ici comme Platon, et Jalien comme saint Thomas, Suarez ou Bossuet. Hais, sur une autre partie des théories de Julien, beaucoup de bons esprits feront des réserves. Gomme les encyclopédistes du xviii^ siècle, Julien estime que le prince doit gouverner et légiférer, non pour « les concitoyens , les contemporains, les parents , les voisins, » c'est-à-dire pour un peuple et pour une époque, mais pour « la postérité, » pour « des étrangers, » pour « des inconnus, » c'est-à-dire, au nom de la raison abstraite, pour l'homme abstrait, et non pas au nom des traditions nationales, pour rhomme de son temps et de son pays. Julien se heurte ici à Técueil où plus ou moins touchèrent les philosophes qui ont écrit sur la politique. Il se montre un de ces dangereux rêveurs auxquels les esprits les plus dissemblables, comme Joseph de Maistre, Le Play, Taine, Renan, ont reproché de substituer un fantôme décevant à la vérité concrète et vivante.
Il y a donc des parties très hautes et aussi des chimères dans ridée que se fait Julien du rôle et des devoirs du prince. Hais, par sa hauteur même, cet idéal le trouble. Que le prince modèle dont il s'est fait la conception puisse exister, cela lui parait douteux. Il pense, avec Aristote, que le souci de transmettre son royaume à ses enfants pourra l'entraîner à des actions basses ou à de fâcheux compromis ^ Il se demande même, avec ce philosophe, si le gouvernement absolu, le pouvoir d'un seul sur tous, est conforme à l'égalité naturelle qui doit exister entre les hommes, et s'il est
1. Aristote, Polit., 111, 5, cité par Jalien, Ép, à Themislius; Hertlein, p. 337.
possible à celui qui peut tout de se maintenir constamment dans les bornes de la sagesse. « Vouloir que la raison règne, répète-t-il avec Aristote, c'est vouloir le règne de la Divinité et des lois ; vouloir qu'un homme règne, c'est vouloir le règne d'une bête fauve. Car la passion et la colère dépravent les hommes les meilleurs, tandis que la loi, c'est la raison sans passion K » Mais, «n admettant même, contrairement à Topinion du Stagyrite, que le prince capable de porter sans faiblesse le fardeau du pouvoir suprême, de sacrifier, s'il le faut, les intérêts de ses enfants au bien de l'État, de faire «ous son nom régner la raison et la loi, puisse se rencontrer réellement, sur un point encore cet être d'exception demeurera vulnérable. Pour bien gouverner, « il ne faut pas seulement de la vertu, des intentions fermes «t droites. » Il faut encore « une chance toujours heureuse, et assez forte pour faire pencher les choses du bon côté ^. » L'homme de Diogène, « sans cité, sans maison, sans patrie, » se rira de la Fortune. Le pasteur de peuples ne peut se passer d'elle, et il en a tout à 4ïraindre, soit qu'elle Taccable de son hostilité, soit qu'elle le tente et le compromette par ses faveurs. Car •elle est la vraie souveraine du monde ^.
Des motifs plus personnels se joignent encore à cette raison générale de craindre. Il semble qu'à ce moment Julien (au moins si l'on croit à la sincérité de ses paroles) ait porté sur lui-même un regard presque découragé. Les responsabilités du pouvoir lui font peur. « J'ai