‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 273 sur 298 · Voir Perrot, De Galatiaprovincia romana, p · texte numérisé non relu

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JUUfiM A PfiSSINONTE ET A ANCYRË. 335

déesse, s'était vue transporter à Rome, où elle recevait encore, au temps de Julien, les hommages des grands et du peuple. Mais Pessinonte, Tancienne ville phrygienne, maintenant englobée dans les limites de la Galatie, demeurait le berceau antique du culte de la déesse. Le temple b&ti, dit-on, par le roi Midas, et orné par la piété des Attales, subsistait encore, montrant, malgré leur vétusté, son superbe naos et ses portiques de marbre blanc. Même privée de ses anciennes richesses et de ses anciens privilèges, même dépouillée du précieux simulacre dont Rome s'était enrichie, Pessinonte n'avait pas cessé d'être, pour un dévot comme Julien, l'un des lieux les plus vénérables, Tune des capitales religieuses du monde païen.

Julien fit de sa visite dans cette ville un véritable pèlerinage. Il se rendit au temple, pour y adorer la déesse. On ne nous dit pas quels sont les prêtres qui l'y reçurent; mais il est vraisemblable qu'Ârsace, nomnié par lui grand prêtre de la Galatie, était accouru pour lui faire les honneurs du sanctuaire, et qu'en tête du chœur des prêtresses paraissait la vertueuse Callixène ^ Julien ne sortit du temple qu'après avoir immolé des victimes, chanté des hymnes ^, offert de riches présents, et obtenu une réponse de la déesse ^.

On croira aisément que beaucoup des habitants de la

1. Julien, Ep. 21 et 49; HerUein, p. 501 et 352. — Voir plus haut, p. I8i. — Scliwan, cependant, De vitaetscriptis, p. 11, place après le départ de Pessinonte la nomination de Callixène.

2. aVisurns Tetusta Matris Magn» delubra... Venerato igitur numine, liostiis qne litato et Totis... » Ammien Marcellin, XXII, 9.

3. Tt icap* aOxfic àxovda^. Libanias, Monodia super Julianum ; Reiske, 1. 1, p. 512

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ville observèrent ce spectacle avec plus de curiosité que de sympathie. La Galatie, dont la première évangélisation remontait àr&ge apostolique, comptait au quatrième siècle de nombreux chrétiens. Tous, parmi eux, n'étaient pas d'humeur à supporter patiemment la renaissance du paganisme. Il y en avait de jeunes, dont le sang bouillonnait. Pendant le séjour de Julien à Pessinonte, Tautel de la Mère des dieux fut renversé. Deux jeunes gens, auteurs de ce sacrilège, furent amenés devant l'empereur. Grégoire de Nazianze raconte, avec sa verve accoutumée, leur comparution. Mettant Julien lui-même en (scène : « L'un d'eux, dit-il, pour avoir insulté la Hère de tes dieux et jeté à terre son autel, comparut devant toi en accusé : mais il entra comme s'il eût été un triomphateur, et, après avoir bravé ta pourpre, raillé tes vaines et inutiles paroles, il sortit ^, aussi libre et aussi confiant que s'il avait quitté la salle d'un festin. L'autre fut battu avec des lanières de cuir, qui mettaient ses entrailles à nu : la torture le laissa presque expirant, et peu s'en fallut qu'il ne succombât sous les coups. Telle était son intrépidité, que, dès qu'il voyait quelque partie de son corps épargnée par les bourreaux, il leur reprochait de lui faire injure, en privant de la sainteté conférée par la souffrance les endroits qu'ils n'avaient pas lacérés. Leur présentant une jambe, sur laquelle ils n'avaient point passé les ongles de fer, il les exhorta à ne pas Foublier 2. »

Si telle était Texaltation des chrétiens, on sera tenté

1. « Sans doute pour aller à la mort, » dit Tillemont (Mémoires, t. Vil, p. 305), suppléant, peut-être arbitrairement, au silence de saint Grégoire.

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