‹ Justice aux Canadiens-Français [microforme]Chapitre 2 sur 15 · AUX · texte numérisé non relu

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C'est au milieu de vous, mes chers amis, dans ce Canada dont la glorieuse histoire n'est qu’un feuillet détaché des annales de la France, que j'ai trouvé les éléments de mon bonheur.

Je ne pouvais l'oublier, en écrivant cette brochure.

C'est pour acquitter une dette de reconnaissance que je vous la dédie.

Puissiez-vous, dans ces courtes pages,trouver la mesure de mon attachement à votre pays et à ses libres institutions ; de mon ad-

miration pour le soin jaloux avec lequel vous maintenez intact dans vos cœurs l'esprit de foi qui fut, de tout temps, la sauvegarde de votre nationalité !

Laissez ceux qui prêchent la liberté sans la donner jamais, se moquer, tout à leur aise, de votre traditionnel dévouement à la religion et à ses ministres ; et dites-vous que leurs sarcasmes ne seront jamais que la constatation même de leur impuissance à faire dominer dans le monde leurs théories rationalistes.

Faites prompte justice des rêves d'émancipation sociale que certains esprits se sont donné la triste mission d’agiter devant vous ; leur réalisation re tend à rien moins qu'à l'anéantissement des principes chrétiens, au nom desquels vous avez accompli tant de piodiges.

À ceux qui pourraient nier les rares aptitudes politiques de votre race, répondez avec un légitime orgueil que vous êtes, peut-être, la seule nation qui ait su associer, dans une

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admirable et féconde harmonie, l'usage des libertés civiles, morales et religieuses, seules et éternelles bases de la puissance d'un peuple.

À l'ombre de vos sanctuaires, témoins séculaires de vos persévérants efforts et confidents discrets de vos plus chers espoirs, affermissez vos caractères pour les luttes de l’avenir, et inculquez, avec amour, dans le cœur de vos enfants, la pratique des vertus qui ont fait de vos ancêtres des héros.

Attachez-vous, enfin, vous, les F rançais d'Amérique, à prouver à vos frères de France que l'usage de la vraie liberté est bien moins dans la vaine exagération des formules égalitaires, que dans la franche application d’un régime de sage tolérance pour tout ce qui n'est pas contraire à la morale publique ou à l'honneur de la nation.

Vte DE B.-C.

L'ERMITAGE par RiCHELIEU.

16 septembre 1890.

De LE

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Un Français, monsieur de Coubertin, au cours d'un voyage en Amérique, a consacré quelques semaines à notre pays. De retour à Paris, il a écrit ses impressions, Hachette les a publiées, et voilà, une fois de plus, le Canada travesii.

Monsieur de Coubertin était chargé, par le gouvernement de la République Française, d'une mission pédagogique ; à lire son livre, je ne doute pas qu'il n'ait été bien accueilli par le ministre de l'Instruction Publique du moment. Il ne saurait être aussi facilement ac-

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cepté par ceux qui connaissent et apprécient à sa juste valeur la population française du “ Dominion of Canada.”

Monsieur de Coubertin a voulu, en quelques traits de plume, esquisser le caractère national des Canadiens-Français.

Il n'a pas échappé à un défaut qui se retrouve dans la plupart des ouvrages publiés sur les Canadiens : en étudiant cette population, il n'a tenu compte ni de son passé historique, ni de ses aspirations, bien moins encore de son organisation sociale.

Son travail est une critique ; critique d'autant moins justifiable, qu'au lieu d'être appuyée sur une étude raisonnée et patiente, elle porte l'empreinte de conversations ébauchées à la hâte et aussitôt transcrites sans bénéfice d'inventaire,

En livrant au public ses impressions de voyage, monsieur de Coubertin a ouvert du même coup le champ à la critique. Il ne saurait donc m'en vouloir de ne pas partager

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ses opinions, encore moins pourra-t-il trouver mauvais qu'en regard des siennes, je place les miennes devant le lecteur.

Monsieur de Coubertin a donné pour titre à son étude : Canada Britannique et Canada Français. Il est facile de deviner le motif de cette distinction subtile.

Fervent admirateur de l'éducation anglaise, préoccupé par-dessus tout de faire partager son admiration, il lui fallait, quelque peu au détriment de l'exactitude, établir une différence bien tranchée entre l'élément anglais et l'élément français de la population du “ Dominion.”

L'auteur, en choisissant son titre, ne paraît pas s'être douté qu'il donnait à ses lecteurs une fausse idée de la géographie politique de la Puissance.

L'erreur, en elle-même, serait de peu d’im-

de de

portance partout ailleurs qu'en France. Que de gens, dans mon pays,après avoir lu l’ouvrage de monsieur de Coubertin, se représenteront l'Amérique Britannique du Nord divisée en deux provinces, habitées par des populations rivales tout occupées à lutter entre elles sur le terrain religieux, politique et social !

N'eût-il pas été plus conforme à la logique de présenter au lecteur un tableau d’ensemble de cette immense possession anglaise, plus étendue queles Etats-Unis,presque aussi grande que l'Europe ; de la montrer sillonnée par plus de 13 000 wzlles de voies ferrées ; étendant son action commerciale, des bords de l'Atlantique à ceux du Pacifique, et contrôlant une partie considérable du trafic de la puissante république sa voisine, en attendant que le “ transcontinental canadien” devienne le chemin de transit le plus fréquenté entre l'Europe et l'Asie,

Après avoir montré que cette activité commerciale était l'œuvre d’un petit peuple d’à

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peine cinq millions d'hommes, monsieur de Coubertin aurait eu le droit d'aborder les questions de race, et d'apprécier avec plus d'autorité la part dévolue aux Canadiens- Français dans cet admirable tournoi du travail et de l'initiative individuelle.

Parlant de Montréal, l’auteur affirme que “le voisinage des Etats-Unis lui a donné “ quelque chose de Yankée, d'inachevé par “ conséquent, et de fiévreux.”’

Monsieur de Coubertin est passé par Toronto, il est permis de supposer que, dans la fièvre de son voyage, il a quelque peu mélé ses notes sur cette dernière ville avec celles consacrées à Montréal...,. si toutefois il est possible de dire que les œuvres américaines portent en elles le cachet de l’inachevé!

Rien, à Montréal, ne décèle l’américanisme, si ce ne sont pourtant les démonstrations bruyantes d’un petit groupe d’annexionnistes, dont les rêves peuvent bien avoir séduit le voyageur.

Cette agitation fiévreuse, qui l'étonne, me paraît de bon augure : elle n’est que la caractéristique d’une puissante activité, et ne peut que faire honneur aux hommes d'affaires de Montréal. Cette activité, d’ailleurs, se traduit par des chiffres qui ont leur éloquence.

La population &e Montréal était, en 1881, de 140 747 âmes; cette même année, la valeur de la propriété était évaluée à 80 275 910 dollars.

Sept ans plus tard, la population se chiffrait par 200 000 âmes environ, et on évaluait la propriété à 109 millions de dollars !

À ce compte, quelle ville n’accepterait pas volontiers de porter le cachet “ d'inachevée et de fiévreuse ! ”

Puis, monsieur de Coubertin gravit la montagne qui surplombe la ville, et, du haut de ce “ Mont-Royal”, tout vibrant encore du souvenir de Jacques Cartier, de Champlain, de Maisonneuve, noms illustres qui ne trouvent pas le chemin de son cœur, il lance une pro-

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phétie : “....d'innombrables clochers sur- ‘‘ gissent de tous côtés, églises, couvents, sé- “minaires, qui vont s’enrichissant toujours, et “constituent un des dangers de l'avenir.”

J'avoue que cette sortie m'avait tout d'abord quelque peu surpris, et je me demandais à quel mobile avait obéi monsieur de Coubertin en lui donnant la première place dans la suite de ses observations.

La dernière page de son ouvrage ma donné la clef de cette énigme, en m'apprenant que son travail était un rapport adressé à monsieur le ministre de l'instruction publique de France!

Monsieur de Coubertin est un républicain ; à cela rien de mal, mais il me paraît s'être rallié au régime actuel en abandonnant derrière lui armes et bagages.

De plus, ce qui frappe, dans l'œuvre de monsieur de Coubertin, c'est la vivacité avec laquelle il passe, sans transition, d'une idée à une autre ; il juge sans appel, et ses arrêts

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