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diens jouissent aujourd’hui d'une entière liberté, vous vous empressez d'ajouter, quelques lignes plus bas, que “ l'usage de cette liberté
“ n'est pour eux qu'une éz//evesée.
Enfin, pour compléter cet édifant tableau, vous terminez votre chapitre en décrétant que les Français d'Amérique possèdent tout, ...... sauf l'initiative et l'indépendance de
caractère !
Tout ceci est un peu confus ; et, pour vous répondre mot par mot, ligne par ligne, il me faudrait repasser avec vous les annales cana-
diennes de plusieurs siècles.
Peut-être, alors, laissant de côté le caractère officiel de votre mission, admireriez-vous avec moi le rôle glorieux et patriotique joué par les Canadiens sous la direction de leur
clergé.
Laissez-moi vous conter, entre mille, deux épisodes de ces époques passées, où, dans le sang, les larmes, et une lutte de tous les
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instants, se façonnait cette nationalité canadienne si dédaignée par vous.
C'était en 1775; les Américains venaient d’envahir le Canada. Montréal était tombée entre leurs mains. Les troupes anglaises battaient en retraite devant l'ennemi, et deux corps d’armées investissaient Québec. Un dernier effort des confédérés, et la puissance anglaise disparaissait à tout jamais du continent américain. En ce moment de danger suprême, une voix s'élève, vibrante de patriotisme et d’accent religieux : celle d’un Français, de l'évêque de Québec.
Cette voix trouve un écho dans tous les cœurs. Les Canadiens-Français, oubliant les injustices commises, les persécutions dont ils ont été les victimes, rejettent loin d’eux toute pensée d'union avec les confédérés, et volent au secours du drapeau anglais menacé. C'est en vain qu'Arnold et Montgomery livrent de furieux assauts à l'antique métropole française; à chacune de leurs attaques, un rem-
part de poitrines canadiennes s'offrent à leurs coups |
La lutte est sanglante, mais la victoire se range, enfin, du côté de la loyauté et de la fidélité à la foi jurée.
Les confédérés reculent; Québec est sauvée ; une fois de plus la croix de Saint-Genrges règne en maîtresse sur le champ de bataille, et c'est aux Canadiens-Français, à la parole entraînante d’un évêque catholique, Monseigneur Briand, qu’elle en est redevable.
En 1812, une lutte nouvelle s'engage entre l'Angleterre et les Etats-Unis ; le Canada est de nouveau menacé.
Monseigneur Briand est mort, qu'importe ?
un autre évêque l'a remplacé sur le trône épiscopal de Québec. Ecoutez les belles paroles que l'auguste prélat, Monseigneur Plessis, adressait aux Canadiens, à l'approche du danger !
...... “ Après un aussi brillant succès, “que ne devez-vous pas espérer, NOS TRÈS
“ CHERS FRÈRES, dans le cas où l’ennemi, pous- “sant plus loin sa témérité, oserait entre- “ prendre l'invasion du Bas-Canada ? Que “ n'aurait-il pas à craindre d’une armée qui, “ par son organisation et sa discipline, fait “ l'admiration des officiers les plus expéri- “ mentés ; d’un peuple entier brûlant du dé- ‘“ sir de se lever en masse, pour donner des “ preuves de sa fidélité et de son courage ; “d'un commandant en chef dont l'activité “ infatigable fait le sujet continuel de vos con- “ versations, dont la condescendance a gagné “ tous les cœurs, dont la sage expérience a “ prévu tous les dangers, dont l'impartialité “ fait comprendre à tous les sujets de Sa Ma- “ jesté, dans ces provinces qu'ils n'ont qu'un ‘‘ seul et même intérêt, celui de la défense “ commune ?
........ “ Guerriers, c'est à vous qu'il ap- “ partient de vous opposer comme un mur à ‘“ l'approche des ennemis, et de déconcerter “leurs mesures. Ils cesseront d’être formi-
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“ dables dès que le Dieu des armées com- “ battra avec nous. Marchez au combat “ comme à la victoire. Soutenez cette répu- “ tation d’obéissance, de discipline, de valeur “et d'intrépidité, que vous ont méritée vos ‘“ premiers succès. Votre confiance ne sera ‘“ pas vaine, si, en exposant vos vies, pour la “ défense de votre roi et de vos foyers, vous ‘“ avez soin, avant toute chose, de faire votre ‘“ paix avec Dieu. En vous mettant dans la ‘“ nécessité de combattre les ennemis de l'Etat, “il vous impose l'obligation préalable de vous “ réconcilier à lui. (C’est à cette condition ‘qu'il s'engage à vous protéger ; or vous “ n'ignorez pas que de cette protection, beau- “ coup plus aue de vos eflorts et de vos “ veilles, dépend la conservation de nos cités ‘et de nos forteresses.
“ Pour vous, prêtres, clercs, vieillards, fem- ‘ mes, malades, enfants, qui, par état ou par “ circonstance, êtes dispensés du service mi- “ litaire, ne restez pas dans une stérile inquié-
‘“ tude des événements de la guerre. Unis- “ sez-vous de cœur et d'esprit à votre premier
‘ pasteur ; servez la patrie autant que vous “ Je pouvez, soit en priant avec plus de fer- “veur dans vos maisons, soit en vous ren- ?
“ dant chaque jour aux pieds des autels, pour
“ répandre vos âmes devant le Seigneur, et
“ faire au ciel une sainte violence.
‘“ Vous savez qu'il peut accorder la victoire “au petit nombre comme au plus grand.
“ Suppliez-le donc en toute humilité de ne “ pas appesantir son bras sur nous, mais de “ faire (Ps. 9. 16) tomber nos ennemis dans “les pièges qu'ils nous préparent, en sorte “ que leurs nouvelles tentatives ne servent “ qu'à donner à nos armes un nouveau lustre, ‘et à nous une occasion de plus de chanter ‘“ à Jamais ses miséricordes.”
À cet appel, le peuple canadien se masse une fois de plus autour des couleurs Britanniques, et, fidèle, toujours, à la voix de son
clergé, repousse ses envahisseurs.
Le 26 octobre 1813, un français, le colonel de Salaberry, à la tête de “ 300 canadiens,” mal armés, demi paysans, demi soldats, battait et repoussait un corps de l’armée confédérée de plus de 7 000 hommes !
Mon cher de Coubertin, vous avez salué, à Chambly, la statue de ce héros; mais ses exploits ne vous ont sans doute pas paru assez glorieux pour lui consacrer un souvenir dans votre livre.
Tout est grand dans l’histoire des Canadiens ; et en dépit, cependant, des liens qui les unissent à nous autres français des ‘“ vieux pavs,” vous paraissez ne vous être attaché qu’à déprécier tout ce qui porte l'empreinte canadienne-française.
“ Monsignor ” Labelle n'était pas au Canada lors de votre visite.
C’est à Paris que vous rencontrez cet illustre apôtre de la colonisation.
Vous lui consacrez un souvenir dans votre livre.
Après avoir rendu un légitime hommage à son patriotisme, vous déclarez que ‘“ son langage participe plus du corps de garde que de la sacristie.”
Sirgulier compliment, dont personne ne rira.
En revendiquant, pour “ Monsignor ” Labelle seul, la gloire d’avoir conduit les Canadiens-Français à la conquête de nouveaux ter-
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ritoires, vous méconnaissez l'œuvre admirable de colonisation poursuivie, de tout temps, par le clergé canadien.
Vous n'avez pas eu, mon cher de Coubertin, le temps de parcourir notre “ Far West ”, mais il est impossible que vous n'ayez pas entendu mentionner le nom de quelques-uns de ces prétres-colons, disséminés, un peu partout, sur notre immense territoire, et qui sont les plus illustres pionniers de la colonisation canadienne.
Comment se fait-il, alors, que les mots ne se soient pas pressés sous votre plume, pour exalter leurs admirables travaux ?
Il eût fallu, pour cela, admettre que l'œuvre du clergé canadien n'a pas d’égale dans le monde, et vous ne le pouviez pas.
Laissez-moi donc vous rappeler que, bien avant le curé Labelle, ses prédécesseurs dans la maison de Dieu avaient conduit les Canadiens à la conquête des fertiles contrées de
l'ouest.
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La croix d'une main, la hache de l’autre, le prêtre et le colon canadiens, depuis près de trois siècles, s’en vont, semant la civilisation et le progrès, de l’est à l’ouest, du nord au sud, de ce qui est aujourd’hui l'Amérique Britannique du Nord.
Voilà ce que vous eussiez dû dire, mais le ministre de l'instruction publique de France ne s'occupe pas de ces éz/levesées !
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Pauvres Canadiens! l'avenir serait prospère pour eux, à la condition, pourtant, assurez-vous, mon cher de Coubertin, que leur éducation fût un peu moins négligée.
Et d’abord, quel sens attachez-vous au mot éducation ! A lire attentivement votre livre, il semble que toute bonne éducation consiste, à “savoir calculer, supputer, escompter,” par l'intermédiaire des ‘“ Business Colleges,” et à pratiquer adroitement le “ Foot Ball ”, le ‘“ Base Ball,” et tous les jeux de cette catégorie.
D'autres estiment que l'éducation est cet ensemble de qualités naturelles ou acquises dont la possession assure à l’homme la suprématie de l'intelligence, en le mettant à même d'exercer, au profit de la communauté, ses
facultés morales développées par l'instruction.
Mais ces lignes n'ont pas pour objet d'exposer des théories ; je me contenterai donc, me plaçant sur votre terrain, de discuter la
valeur de vos appréciations.
Vous affirmez que les jeux ne sont pas en hcnneur dans nos collèges: le contraire serait plus vrai. Seulement, les directeurs de nos institutions estiment, avec raison, qu'ils ne doivent être qu’un complément utile, nécessaire même, à tout bon système d’éducation, mais qu'ils ne doivent, à aucun prix, en devenir la base.
Laissez-moi citer, à ce propos, les réflexions que suggèrent à un écrivain d'esprit et d’infiniment de talent, Victor Fournel, les dé-
monstrations bruyantes des apôtres de votre méthode d'éducation, à Paris.
Parlant du fameux concours du Lendit, Fournel écrit: “ Que les jeunes gens se fassent “ du sang et des muscles, du thorax, du “ biceps, des poumons, rien de plus souhai- “ table, à coup sûr. Îl n’est pas du tout né- “ cessaire d’être chétif et malingre pour jouir “ d’une intelligence supérieure, et le génie “ n’est pas plus une phtisie qu'une névrose.
“ Mais il le faudrait faire avec la simplicité
LS
‘ séante et dans les proportions normales, “ sans rompre l'équilibre dans le sens inverse. “ sous prétexte de le rétablir. Or, j'ai grand “ peur que ni l’une ni l’autre de ces conditions “ essentielles ne soit observée dans l'espèce. ‘“ L’entraînement quon a créé, qu'on entre- “ tient, qu'on surchauffe par des réclames et “ des exhibitions théatrales, dépasse toutes “ les bornes. Les jeux et les exercices phy:
“ siques des lycéens n'ont pas besoin de ce “ vaste ensemble d’encouragements, aussi ex-
cessifs qu'artificiels ; ils ne demandent pas