CONCLUSIONS
La révolution toute extra-légale commencée le 3 octobre 1846 sur la place du Temple de Saint-Gervais, et complétée le vendredi suivant , 9 du même mois, sur celle du Mo lard, a été dès lors confirmée, et, en quelque sorte, sanctionnée, par une série trop nombreuse de votations de tous les citoyens réunis, pour que l’on puisse douter que cette révolution et la Constitution qui en est sortie ne soient devenues nationales dans le canton de Genève.
Dès lors leurs bases doivent être regardées comme inattaquables.
Si cette Constitution a pour résultat l’établissement d’un système politique régulier et paisible, sincèrement fondé sur la seule association à titre parfaitement égal de tous les Genevois, c’est-à-dire sur le retour à la démocratie vraie et loyale, sans haines comme sans coteries, qui fut celle de la république de Genève à son berceau, personne n’aura le droit de s’en plaindre, personne (digne que son avis soit compté) n’en aura même la tentation.
Chacun trouvera sa place au soleil de la justice et de la liberté.
Cette organisation fraternelle, à la fois antique et normale,
offre la seule chance possible d’un avenir de paix solide et de prospérité durable pour Genève.
Entre les dangers de tous genres qui menacent cette ville, l’accroissement illimité qu’elle va prendre, les changements que subit déjà la nature de sa population , la Suisse qui tend à l’absorber, et la Papauté qui cherche à l’envahir ; en face des dangers, peut-être plus prochains encore, qui menacent l’Europe toute entière, il doit rester aux Genevois bien assez d’occasions d’employer leurs instincts de lutte et de résistance pour qu’ils puissent, sans regret, se donner la douceur de combattre les dangers du dehors, en étant unis entr’eux , seule attitude où ils puissent espérer de vaincre.
ïl semblerait logique de penser que si Genève, — après un siècle de dissensions, après plusieurs mois d’un sanglant délire, après sept à huit ans de deuil, de ruine et de dépopulation, et, enfin, après un long asservissement à un joug étranger, — a pu se relever, aussi unie et aussi prospère que l’a vue la période dont nous venons d’esquisser l’histoire, elle devrait pouvoir se relever plus unie, plus solide et plus prospère encore, sur sa vraie base, de V égalité et de l} association de tous ses enfants , aujourd’hui où cette base est admise et reconnue par tout le monde; aujourd’hui surtout, où Genève n’est séparée de sa période précédente d’union et de prospérité que par des ambitions qui doivent être assouvies ou discréditées, et par des fantômes haineux et mensongers dont il est plus que temps de purger l’atmosphère !
Mais l’espoir et même l’ambition de l’écrivain ne vont point jusque là.
En revanche, il est permis, il est peut-être même ordonné, d’espérer que le céleste Patron qui a déjà si souvent sauvé Genève des positions les plus désespérées, daignera encore aujourd’hui, comme il y a trois siècles, « lui mesurer les » coups de telle sorte, qu'ils ne soient pas a mort, mais » à amendement » (Bonnivard).
A amendement, pour tous ceux , sa?is exception , qui peuvent en avoir besoin.
Le désir de contribuer, si possible, à ces résultats, étant le principal mobile qui a inspiré l’étude actuelle, elle doit se terminer, comme elle a commencé, par son seul mot d’ordre, point de départ indispensable :