CHAPITRE XII
inventer les juges les plus sévères, les tyrans les plus cruels *.
Juvénal va développer sa pensée ; et ici , contrairement à ce que nous avons di\ signaler plus d'une fois dans d’autres parties de cette satire, le développement auquel se livrera le poète sera à sa place. Il va nous peindre, avec des couleurs véritablement homériques, ce grand phénomène moral, qui s’appelle la voix de la conscience ou le remords. Juvénal établit tout d'abord que les dieux punissent la seule intention de faire le mal, et prononce cette maxime, qui fait honneur à sa philosophie et à sa morale, à savoir que « celui qui, dans le silence de son âme médite un crime, est déjà criminel ’» . On regrette seulement, au point de vue de l’art, que le poète ait cru devoir commenter cette maxime par l’anecdote du Spartiate Glaucus ’, empruntée à Hérodote ‘;ce qui ralentit l’argumentation. Ne l’imitons donc pas, et hâtons-nous de faire passer le tableau annoncé sous les yeux du lecteur. Si la seule pensée du crime, comme on vient de le dire, peut être l’objet de déchirements intérieurs, que sera-ce donc quand l’homme aura consommé un crime longtemps prémédité? Le poète va nous le dire :
1 Car tarnen lios tu
Evasisse putes, quos dirl conscia facti Mens habet attonitos et surdo verbere exdit, Occultum quatiente anima tortore / lagellum ? Pana autem vehemens ac multo ssevior illis,
Quas et C.vdicius gravis invenit et Rhadamanthus, Koctedieque suum çestare tnpectore testent.
* V. 199 et sqq.