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INTRODUCTION
quo deux choses : « du pain et les jeux du cirque '. »
Quant à ses opinions philosophiques, J uvénal, à proprement parler, n’est ni épicurien comme Horacp, ni stoïcien à la façon de Perse. Il n’appartient pas davantage à l’école d’Antisthène; il le déclare lui-même *; mais nul doute que, s’il eût eu un choix à faire, il ne se fût prononcé pour la doctrine du Portique. Exempt, je le veux bien , du rigorisme extérieur des stoïciens, il s'en approche maintes fois cependant par d’autres côtés ; il en a la hauteur de principes et l’élévation de la pensée , et surtout ces élans de cœur, ces délicatesses infinies de l’ôme que nous surprenons chez Sénèque et chez Epictète, les deux plus brillants représentants du stoïcisme romain contemporain.
Pour ce qui est de sa religion, il faut distinguer, je crois. Comme Tacite et comme Cicéron, Juvénal est souvent amené à parler de la religion officielle; et il a beau faire alors, et en parler sur le ton le plus sérieux, son incrédulité perce quand même 1 * 3 ; on sent qu’il n’est pas convaincu ; et les railleries, toutes fines qu’elles sont, qu’il
1 X, 73, si.
1 XIII, 121 et suiv.
* Voyeï M. D. Nisard, ouvr. cité, t. II, p. 69 et 60, 3* Mit.
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se permet parfois sur le compte des dieux, ôtent toute autorité aux passages où il a voulu, où il a cru être religieux '. Mais, quand il parle de la divinité sérieusement, à part toute convenance mythologique ou politico-sociale, il est pour le Dieu inconnu de Socrate, et l’on peut, en somme, le définir un déiste du paganisme, à la manière de Cicéron et de Tacite, ^lais ce déiste avait une admirable morale : n’écouler que la voix du devoir et de la conscience, préférer la mort au déshonneur, mettre la vérité avant les convenances, laisser aux dieux seuls le soin de nous venger de nos ennemis, demeurer inaccessible à la colère et aux mauvaises passions, se respecter soi-même, ne donner à ses enfants que de bons exemples, se soumettre aux prescriptions des lois, s'abstenir de prévarications, ménager les biens des' alliés du peuple romain, ne jamais vendre la justice à ses administrés, ne s’entourer jamais de malhonnêtes gens, veiller à la pureté des mœurs domestiques, ne pas convoiter le bien de son semblable, se persuader que la seule intention de mal faire est déjà un crime, ériger la sobriété en vertu et l’économie en règle de conduite, ne demeurer attaché au vice que le moins de temps possible, mettre les souffrances et les
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INTRODUCTION
épreuves au-dessus d’une vie molle et efféminée, demander aux dieux un cœur ferme, envisager la mort sans crainte, ne suivre d’autre roule pour arriver à une vie paisible que celle de la vertu; voilà la morale de Juvénal, morale sublime, applicable en tout pays, en tout temps, et dont le souffle salutaire anime son œuvre entière.
Le cœur de Juvénal était à la hauteur de son âme. Il a des sympathies pour toutes les souffrances, des compassions pour toutes les misères. Au milieu de ses fulminantes diatribes et de ses âpres colères, il lui échappe des cris qui trahissent son bon naturel; il fait entendre sa voix en faveur de l’esclave « bâti du même limon que nous' », il plaide la cause du pauvre*, plaint le poète en détresse réduit à subir les insolences des grands 1 * 3 , s’apitoie sur une certaine classe de malheureux, forcés de trafiquer de leur personne afin de pouvoir payer un loyer qui leur crie : « Demande 4 . » Il a chanté les larmes, « témoignage d’un cœur compatissant et le plus beau présent que la nature humaine ait fait à l'homme 5 »; il a tracé un tableau pa-
1 Sat. XIV, v. 16 et 17.