‹ Juvénal et ses satiresChapitre 64 sur 195 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A défaut d’aruspices, de devins chaldéeus et d'augures de toute sorte, n’ont-elles pas leurs tireuses de cartes, leurs bohémiennes, leurs somnambules, leurs sorciers, ou bien, mieux encore, leurs spirites, leurs évocateurs?

Nous ne voudrions pas prolonger cette analyse outre mesure. Qu’on nous permette cependant d'insister, comme il convient, sur la dernière partie de la sixième satire.

Arrivé sans fatigue au bout de sa longue carrière, Juvénal puise, dans la haine profonde que lui inspire la perversité contemporaine, une énergie et une éloquence nouvelles ; il flétrit comme elles méritent de l'être les femmes adultères et les empoisonneuses. 11 sangle tout d’abord de ses lanières vengeresses ces infâmes matrones qui, après avoir trompé leurs maris, recouraient, pour s’éviter sans doute les douleurs de l’enfantement et les ennuis d’une maternité équivoque, à certains médecins dont l’art mercenaire excellait, moyennant de mystérieux breuvages, à détruire l’humanité dans son germe. « Pauvre mari, ne te plains pas trop, s’écrie le poète avec une caustique ironie; quel que soit au contraire le prix de la potion, hâte-loi de la présenter toi-même ; car, s’il prenait fantaisie à ta femme de devenir grosse et de sentir dans ses flancs élargis tressaillir le fruit de sa fécondité, tu pourrais bien te trouver le père d’un nègre. Malgré sa couleur, il n’en faudrait pas moins le reconnaître pour ton héritier, lui dont, le matin, tu aurais fui la rencontre »

.... Gaudr, infelir, algue ipse. bibendum Porrige, quidquid eril : nam ii distendere vellet Et vex are uterum pueris salicntibus, esses Æthiopis fartasse paler ; mox decolor heres Impleret tabulas, nunquam tibi mane videndus.

LES FEMMES ROMAINES

Ju vénal u' 'épargne pas davantage ces autres patriciennes qui, pour cacher une stérilité causée par des avortements multipliés et pour tromper les vœux et la joie d’un prétendu père, font passer pour leurs fils des enfants trouvés et recueillis par elles sur les bords de l’infâme égoût du Vélabre De là les perturbations de la famille, et les jeux mystérieux du sort. Ces enfants trouvés arriveront un jour aux plus hautes dignités et usurperont, sans que personne ne s’en doute, les plus grands noms de Rome. Ici triomphent la verve railleuse et l’humeur satirique du poète en même temps qu’il rencontre, pour rendre sa pensée, des images et des couleurs admirables : « La maligne Fortune est là qui veille pendant la nuit sur ces enfants délaissés; elle sourit à leur nudité; elle les réchauffe dans ses bras, elle les enveloppe dans son sein, puis les introduit dans de grandes maisons. Elle s’y prépare de la sorte un mystérieux acteur et cette comédie se joue pour elle. Ce sont ses favoris, ses bien-aimés, ceux pour qui elle se met eu frais, et elle les lance au faîte des honneurs avec un éclat de rire ’. »

C’est bien là cette capricieuse et toute-puissante déesse qui se plaît à déjouer les calculs des hommes, en élevant les humbles, en abaissant les grands, et

1 Endroit où l'on exposait les nouveau-nés.

Page 1