CHAPITRE Xni
pas un seul que l’on ne trouve encore dans nos sociétés modernes. Les paroles du poète sont d’une vérité éternelle, et notre dix-neuvième siècle pourrait s’appliquer ses critiques et ferait bien de profiter de ses leçons. Que de pères imprudents, étourdis en cheveux blancs, donnent encore à leurs enfants l’exemple funeste du jeu, de la gourmandise, de la brutalité envers les domestiques, des constructions ruineuses! Que de mères, coquettes ou légères, n’ont qu’à s'en prendre à elles-mêmes si leurs filles, un jour, marchent sur leurs traces ou les dépassent dans les voies du désordre et du vicel Nous touchons ici à la grande question de l’éducation, question digne de préoccuper un poète moraliste comme Juvénal et digne surtout d’attirer l’attention des hommes d’Etat de tous les pays , aussi bien que celle des pères de famille de tous les temps. Tant vaut la jeunesse d’une nation, tant vaudra la nation elle-même. Les enfants sont l’avenir d’un peuple. Il n’est que trop vrai que l’homme, par un effet de sa misérable nature, incline sans cesse vers le mal. Le vice exerce sur lui un attrait irrésistible; de là la nécessité, si l’on veut avoir une société robuste et saine.
en pareille matière, aux Romains. Où Juvénal a-t-il vu que les Juifs n’adoraient que le ciel et les nuages.^ Un contemporain de Juvénal, Tacite, avait une idée bien autrement juste de leur religion : « Les Juifs, dit-il, ne conçoivent Dieu que par la pensée et n’en reconnaissent qu’un seul. Ils traitent d’impies ceux qui, avec des matières périssables, se fabriquent des dieux à la ressemblance des hommes : Judxi mente sola unumque Numen intelligunt ; profanas qui deum imagines, mortalibus materiis , in species homimm effingant. » {Histor., V, V.) Les Juifs n’étaient pas non plus aussi inhospitaliers que le prétend le poêle; leur religion leur faisait un devoir de ne pas trop se mêler aux Gentils, imbus des erreurs du paganisme. Mais Juvénal, ne l’oublions pas, est un poète satirique, et il ne se refuse ni à la tentation ni au plaisir de faire rire en décochant des traits à sa façon.
L’EXEMPLE. S07
de veiller de bonne heure aux mœurs de l’enfanfce et de la jeunesse.
Je doute que jamais poëte ou moraliste, soit ancien, soit moderne, ait affirmé l’élévation de son esprit, l’honnêteté de son cœur, la droiture de ses intentions en termes plus éloquents et mieux sentis que ne le fait Juvénal dans celte admirable tirade sur le respect dû à l’enfance.
. . . Procul, ah procul inde puellæ Lenonum, et cantus pernoctantis parasita Maxima dehetur puero reverentia : si quid Turpe paras, ne tu pueri contempseris annos,
Sed peccaturo obstet tibi filius infans.
Ces vers mériteraient d’être gravés en lettres d’or sur le seuil de toute maison où vivent des enfants. Cette superbe maxime, sortie du fond de la conscience humaine, éveillera toujours et partout des échos sympathiques.
Malheureusement les développements que Juvéhal donne à sa pensée, les détails dans lesquels il entre sur les soins qu’on prend à nettoyer sa maison si l’on attend quelque hôte de distinction, opposés à notre indifférence quand il s’agit de la propreté morale du foyer domestique, me gâtent quelque peu la sublime concision de ce qui précède. Ce sont là de ces longueurs qui déparent trop souvent les satires-harangues des deux derniers livres du recueil. Ce n’est pas que l’idée, au fond, ne soit juste, mais elle est trop délayée, et M. Ribbeck a raison de s’en montrer choqué ‘. Seulement ce n’était pas un motif suffisant pour fermer les yeux, comme le fait M. Ribbeck, aux beautés de toute nature dont cette satire est remplie.
' J)er echte und der unechte Juvenal, p. 33.