‹ Juvénal et ses satires; études littéraires et moralesChapitre 171 sur 194 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sans se laisser arrêter ni pâr la pudeur, ni par le respect des lois :

Sx va cupido

Immodici census! Nam dites quifieri vult Et cita vult fieri

Après cette imprécation arrive, comme contraste, un élégant et gracieux passage inspiré par les idées d’un temps passé et regretté ;

« O mes enfants! contentez-vous de ces cabanes et de ces collines, disaient autrefois à leurs fils les vieillards chez les Marses, les Herniques et les Yestins. Demandez à votre charrue le pain qui suffit à nos tables. Voilà la vie qui plaît aux divinités champêtres, lesquelles, daus leur bonté, nous firent présent du blé, et apprirent à l’homme à dédaigner le gland, son ancienne nourriture. On n’est point tenté de faire le mal quand on croit pouvoir sans honte se contenter en hiver de grosses guêtres et d’habits de peau, avec la laine en dedans pour se garantir de la froide bise. Ce qui conduit à tous les crimes, c’est la pourpre étrangère que nous ne connaissons pas *. »

Il serait digne d’Horace, de l’auteur des Géorgiques,

’ Yivite contenu casulis et collibus istis,

O puéril Mar sus dicebat et Hernicus olim Vestinusque senex : panem quæramus aratro,

Qui salis est mensis; laudant hoc numina ruris Quorum ope et auxilio, gratæpost munus aristæ Contingunt homini veteris fastidia quercus.

NU vetitum fecisse volet, quem non pudet alto Per glaciem péroné tegi, qui summovet Euros Pellibus inversis ; peregrina ignotaque nobis Ad scelus atque nefas, quxcumque est, purpura ducet.

L’EXEMPLE

OU d’Homère, ce tableau où l’on nous peint les mœurs simples et saines des populations de la vieille Italie. II fait on ne peut mieux ressortir la civilisation raffinée et corrompue du jour. Il y a là autant de poésie que de sentiment. Tout respire l’amour de la vie des champs et de l’honnêteté rustique. C’est une magnifique idylle.

Les temps sont bien changés :

c( Telles étaient les leçons que les anciens adressaient à leurs enfants. Maintenant, dès l’entrée de l’hiver, au milieu de la nuit, un père, à grands cris, fait lever son fils péniblement endormi : Allons, prends tes registres; écris, mon garçon; réveille-toi; prépare tes plaidoyers, étudie notre vieille législation , ou bien rédige un placet pour obtenir le bâton de centurion... Puis, va renverser les tentes des Maures, les châteaux des Brigantes, afin que ta soixantième année te fasse porte-aigle avec de bons appointements. Mais si, au contraire, tu as peu de goût pour les fatigues prolongées des camps, si le son des clairons et des trompettes effraye tes oreilles et te donne la colique, eh bien ! achète des marchandises pour les revendre moitié plus cher, transporte au-delà du Tibre toutes les denrées possibles sans te rebuter de leur odeur. Mets-toi bien dans l’esprit qu’il ne faut faire aucune différence entre les cuirs et les parfums. Qu’importe la marchandise? l’argent qu’on en tire sent toujours bon. Aie toujours à la bouche cette pensée du poète, pensée digne des dieux et de Jupiter même : « Comment vous êtes-vous en- « richi? c’est ce dont nul ne s’inquiète; l’essentiel, c’est de s’en- « richir. » Voilà ce que nos vieilles nourrices enseignent aux petits garçons qui se traînent encore à quatre pattes ; voilà ce que savent toutes les petites filles avant d’apprendre leurs lettres *. »

Combien tout cela tranche avec les mœurs antiques dépeintes plus haut ! C’est la vie romaine, fruit d’une civilisation excessive. Ici dominent exclusivement l’intérêt et toutes les passions égoïstes. C’est déjà l’exis-

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