‹ Juvénal et ses satires; études littéraires et moralesChapitre 38 sur 194 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Cependant on ne connaîtrait qu’imparfaiteraent, malgré tout ce qui précède, les mœurs effrayantes des Romains du temps, si on n’allait jusqu’au bout de la satire. Les hommes de cette déplorable époque n’étaient pas seulement hypocrites, efféminés, infâmes, comme nous venons de le voir; ils allaient plus loin encore, en ce sens qu’ils étalaient leur infamie au grand jour, la consacrant par des formes légales. La satire ici n’exagère nullement; elle parle absolument comme l’histoire. Au reste l’exemple, comme toujours, était venu d’en haut. Trente ou quarante ans auparavant, Néron, à bout de crimes et d’abominations, avait osé contracter en face du soleil, en pleine Rome et avec toutes les formalités en usage, une union sans précédent. Tacite*, Suétone*, Dion Cassius *, l’ont racontée tout au long ^

Or, au temps du satirique et notamment sous le règne de Domitien, des horreurs de cette nature paraissaient avoir fait partie, en quelque sorte, des mœurs publiques. De là, chez Juvénal, au sujet d’un scandale du même genre et dont un certain Gracchus, un de ces infâmes

' Ann., XV, xxxvii.

’ iVero, XXVIII.

Page 1