‹ Juvénal et ses satires; études littéraires et moralesChapitre 58 sur 194 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bre et très-heiireuso d’ailleurs d’un autre passage du poëtc latin :

Hormis toi, tout chez toi rencontre un doux accueil :

L’un est payé d’un mot et l’autre d’un coup d’œil.

Ce n’est que pour toi seul qu’elle est fière et chagrine :

Aux autres elle est douce, agréable et badine ;

C’est pour eux qu’elle étale et l’or et le brocart,

Que chez toi se prodigue et le rouge et le fard.

Juvénal nous introduit dans le sanctuaire même de la coquette romaine, et nous assistons aux apprêts de sa toilette, alors quelle est impatiente de sortir pour se montrer dans les promenades publiques ou se faire admirer de ses adorateurs. Quelle fébrile agitation chez la maîtresse du logis! quel empressement de la part de ses malheureuses chambrières, et avec quelle plaisante gravité tout ce monde féminin délibère sur la plus frivole des questions ! Des scènes de ce genre se passent tous les jours encore dans bien des maisons habitées par nos dames à la mode, à l’heure où il s’agit pour elles de paraître avec éclat et succès dans le monde. Combien nos mœurs du dix-neuvième siècle ressemblent en ceci à celles du premier siècle de l’empire ! En veut-on, au surplus, une preuve nouvelle et bien frappante? Eh bien! que l’on médite sur ce trait final de la peinture de la coquette, et qu’à dessein nous n’avions pas cité plus haut : « Et le mari ? Elle ne s’en occupe pas. Et les frais énormes de toutes CCS toilettes? Pas davantage. Son mari pour elle n’est qu’un voisin. Toute son intimité se réduit à le ruiner par ses folles dépenses ‘. »

NuUa viri cura inlerca , necmenüo fiel Dumnorum ; vivil tanquam vicina marito.

Hoc solo propior quod

gravis est rationïbus. (V. 508-512.)

LES FEMMES ROMAINES

Je rangerai encore parmi les types d’une vérité générale, universelle, et qui se sont par conséquent perpétués à travers les siècles, d’abord la femme colère, toujours prête à décharger sa bile sur le premier venu, et capable, si elle a été réveillée en sursaut, la nuit, par les aboiements d’un chien,*de faire bâtonner le maître et le chien. Après la femme colère , celle que, faute de nom indiqué par l’auteur même. J’appellerai la bourgeoise envieuse. Ce type personnifle une éternelle plaie sociale à laquelle le poète a déjà touché ailleurs d’une manière générale ’ et qu’il signale ici avec plus de détails.

Il est des femmes, fait remarquer le satirique, qui ne savent pas régler leur train sur leur fortune. Au risque de se perdre, elles veulent imiter en tout celles à qui leur richesse permet l’éclat et le luxe. Un type de ce genre de vice, c’est Ogulnia. Pour aller au théâtre, elle loue des vêtements, des coussins, et jusqu’à des suivantes. On espère ainsi produire de reflet, attirer les galants. De retour chez soi, on se retrouve en face de la misère. Mais « on n’a pas la pudeur de sa pauvreté - » ; l’exemple de la fourmi n’est point fait pour Ogulnia, et l’idée de garantir ses vieux jours contre le froid et la faim ne se présente môme pas à son esprit. « Cette dépensière se ruine sans se douter de rien. Elle croit, en vérité, que dans son coffre-fort les écus arrivent à mesure qu’elle les épuise et que le fond en est intarissable. Jamais elle ne calcule ce qu’un plaisir peut lui coûter *. »

Quel siècle fut jamais plus fécond en Ogulnias que le

‘ Sat. III, V, 182 et 183.

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