‹ Juvénal et ses satires [microform], études littéraires et moralesChapitre 11 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

monde, c'est la sainte majesté de Targent. Il faut en convenir, pourtant : métal funeste, nous ne lui avons pas encore élevé de temple ; le dieu Argent n'a pas encore ses autels comme la Paix, la Bonne foi, la Victoire, la Concorde, ce vieux nid de cigogne que le passant salue encore par habitude '. »

Voilà, à coup sûr, de piquants et curieux renseignements sur les mœurs du temps, dont la première satire, pour le dire en passant, avec la seconde, ainsi que la troisième et la sixième, nous fournit un tableau complet et admirablement réussi. On chercherait en vain ailleurs que chez notre poëte et son contemporain Martial des peintures de ce genre; encore Martial, à cause de la nature particulière de son sujet, — Tépigramme, — est tenu à la brièveté, à la concision, tandis que notre satirique nous fournit des scènes de mœurs considérables. Celle qui précède nous apprend bien des choses. Ainsi donc, au temps de Juvenal, il n'y avait plus guère à Rome que des patinons et des clients, en d'autres termes des riches et des pauvres; opulence d'un côté, et misère de l'autre. Pas de classe moyenne pour maintenir l'équilibre dans l'Etat : signe certain de décomposition sociale qui devait être suivi nécessairement d'une complète dissolution. Un autre trait caractéristique et non moins attristant : les anciennes familles patriciennes de Rome, qui jadis avaient fait si grande figure dans l'État, sont déflnitivement déchues de leur splendeur et ruinées. Le déclin avait commencé à Auguste et s'était accru rapidement sous les autres empereurs; Tibôi^e, Néron, Yespasien et Adrien durent venir plus d'une fois au secours de certains sénateurs, héritiers de grands noms, et qui n'étaient plus

en état de soutenir l'éclat de leur position ' Au temps de Juvénal, le mal paraissait en plein pro-rè^ puisque nous voyons des préteurs et des tribuns,"tous gens de vieille souche , sans doute, et dont l'origine remontait haut dans l'histoire de leur pays, ne pas Rougir de se foire un revenu avec la sportule d'argent et accepter publiquement un certificat d'indigence en allant comme le dernier des plébéiens, tendre la main devant le vestibule des heureux du jour

Un type du temps, c'est cet affranchi qui se disse parmi la foule des clients et demande lui aussi sa part de la sportu e. Pour expliquer sa présence ici, il faut supposer, selon la remarque d'un écrivain profondément verse dans 1 antiquité romaine, que quiconque se présentait dans la maison d'un riche avec l'intention de lui offrir ses hommages, recevait de la part de ce dernier en guise de reconnaissance et en quelque sorte comme jeton de présence, une gratification en argent ' C'était la un usage qui permettait à plus d'un ladre opulent d augmenter ses revenus, du moment qu'il ne lui répugnait pas d'aller de porte en porte faire sa cour aux riches de la ville. Notre affranchi était évidemment un de ces ladres. L'attitude et le langage que lui prête Juvenal peignent bien les mœurs du temps. Avec quelle impertinence il défehd son tour! Ce quémandeur d aumônes d'un nouveau genre base son droit de préséance, chose assez plaisante, sur sa fortune même-

' Voy.M. Ludvvig Friedlaender, oiwr. cit n i»-^ rc^^^t t. » Ànn U ^0 *.f Yiir q/ ^^ 1 ' ^' - ^if^-y p. 1 8 J. Lonf. Tacite,

Ann., 11 32, et XIH, 34, ou il nous raconte que Tibère avait en tretenu les descendants de liUustre orateur Ilorteniuseau:

suu".I "7'".'*'" '"""^'.^''^ ^^"^"^"^^ milleseste e au con sulValerius Corvinus, un rejeton sans doute du grand général et

dictateur ValenusCorvinus dont nous parle Tite Jve (VllfS - Lud. Friedlaender, Darstellung der SUtengesch.Roms.eic.^p^ 254.

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