CIVILS
Bruxelles, le 24, novembre 1864..
La Commission Directrice vous invite à vouloir assister à l'assemblée générale qui aura lieu lundi prochain, 28 courant, à 8 heures du soir, en la salle de l'Hôtel du Grand Miroir, rue de la Montagne, 28.
Ordre du jour :
1° Communications diverses ; 2° Présentations ;
2° Discussion de la proposition soumise à notre examen par le Sous-Comité de Malines, demandant la séparation complète et
radicale de l'Eglise et de l'Etat, et, comme mesures d'application immédiate :
a. Que l'étudiant en théologie ne soient [«V] plus exempté de la milice ;
b. Que les honneurs militaires ne soient plus rendus aux cérémonies des cultes ;
c. Que le décret qui oblige les autorités communales à assister aux processions soit déûnitivement abrogé;
d. Que les cérémonies extérieures des cultes soient interdites ;
e. Que les enterrements se tassent partout par les soins de la commune ;
f. Que les offrandes en nature ne puissent plus être vendues publiquement au profit des églises ;
g. Que les revenus des biens de cure soient remis à la commune ;
b. Qu'il ne soit plus permis aux religieux et religieuses étrangers de se ûxer dans le pays ;
i. Qu'il soit défendu aux ordres religieux d'exercer la mendicité ;
b. Que le traitement accordé, dit-on, à l'archevêque de Tyr, soit supprimé comme contraire à la loi.
Comptant sur votre empressement à nous apporter le concours de vos lumières dans cette importante discussion, nous vous prions d'agréer l'assurance de notre parfaite considération.
Le Secrétaire, Le Président,
Paul Ithier. Henri Berge.
[Baudelaire ne s'est pas contenté de souligner ici de nombreux passages, il a aussi coché au crajon rouge les paragraphes b, c, d, h, i, è,]
Politique. [F' 194]
Prêtrophobie.
Une assemblée de la Libre-Pensée à mon hotel. Différents discours.
Un fanatique se plaint que les Libres penseurs soient encore assez faibles pour permettre à la contagion de pénétrer dans le logis.
II ne suffit pas d'être libre penseur pour soi , votre femme ne doit pas aller à la messe ni à confesse.
Télémaque , Calypso , Jésus-Christ, etc. , etc. , etc. , etc. . . et autres mythologies. Tout est dans la morale et dans le sentiment.
L'air trop chaud qui me fait ôter mes habits, voala Dieu! L'air trop froid qui me les fait remettre, vôala Dieu!
On a donné un terrain aux Ursulines. Elles vont empoisonner nos enfants.
Funérailles civiles d'ArmelIini, — « suivait la multitude des Libres penseurs ».
Heureux peuple qui en possède une multitude !
Nous autres, nous n'en avons qu'un par siècle.
Mœurs. PrÊtrophobie. [F' 195J
On nous a volé un cadavre, savez-vous?
Voulait-il donc le manger?
Le plaisir de voir un homme politique très ridicule. Il eût été français, que cela m'eût fait le même plaisir.
M. De Fré, un radical. L'art utile. Rubens aurait dû soutenir de son pinceau le protestantisme.
En somme, le socialisme français, devenu hideux. C'est l'éléphant, imitant le fandango ou la danse des œufs.
Fouriérisme.
Hélas! il était ivre, un Représentant!
Persécuteur de M. J. Proudhon, dans un pays de liberté.
Politique. [F* 196]
Prêtrophobie.
Le parti clérical et le parti révolutionnaire.
Tous les deux ont des torts réciproques.
Mais quelle violence !
Ce que sont les Révolutionnaires. Exemple, De Fré.
Ils croient à toutes les sottises lancées par les libéraux français.
(Abolition de la peine de mort. Victor Hugo domine comme Courbet. <J'apprends> On me dit qu'à Paris 30.000 pétitionnent pour l'abolition de la peine de mort. 30.000 personnes qui la méritent. Vous tremblez, donc vous êtes déjà coupables. Du moins, vous êtes intéressés dans la question. L'amour excessif de la vie est une descente vers l'animalité.) Chez nous l'athéisme est poli. Ici, il est violent, sottisier, emphatique.
La sottise belge est une énorme contrefaçon de la sottise française, c'est la sottise française élevée au cube.
[F* 196 bis s. t.]
Trois Sociétés, dont le but est de persuader, et même de contraindre les citoyens à mourir comme des chiens. Ce que c'est que le coin des chiens. Le plus plaisant est que ces «futurs chiens» veulent être enterrés avec les chrétiens.
La libre pensée (penseye) pour les classes élevées, c'està-dire les brutes riches, a un journal: Le Libre Examen, journal rationnaliste [sic'\, dont voici des citations...
...<Voy...> Vous voyez ce que c'est qu'un rationnaliste [sic'\.
Les deux autres Sociétés (pour la roture) sont les Affranchis et les Solidaires. Enterrements en musique. Musique de cuivre. Trombones.
Enterrement civil passant place de la Monnaie.
Cadavres à la porte des estaminets.
Cadavres chippés \sic'j. ( On nous a voleye une cadavre ! ) voulaient-ils donc le manger!
Danger de s'associer à n'importe quelle bande. Abdication de l'individu.
Politique. [F' 197]
Prêtrophobie.
Et ils reviennent ivres, soufflant dans leurs trombones : Ab! zut! alors si ta sœur est malade! passent exprès devant une église, font un circuit pour affliger un presbytère, très fiers d'avoir jeté un solidaire dans le Néant. Ceux qui ne a- oient pas à l'immortalité de leur être se rendent justice , — disait Robespierre.
Citation du Règlement et des formules de testament des libres penseurs.
On dit que Pelletan fait partie de la chose.
Quelques discours prononcés sur des tombes de solidaires et de libres penseurs.
Dignité [F' 198]