‹ Kant. Choix de textes avec étude du systeme philosophique et notices biographique et bibliographiqueChapitre 13 sur 38 · LE BUSTE DE KANT A L'UNIVERSITÉ DE KŒNIGSBERG · texte numérisé non relu

LE BUSTE DE KANT A L'UNIVERSITÉ DE KŒNIGSBERG

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nous ne pourrions l'aire de notre raison aucun usage empirique, nous fait une loi de ne les expliquer jamais autrement que tous les autres phénomènes de la nature, c'est-à-dire suivant des lois immuables. Supposons, en second lieu, que la nature spirituelle de l'âme (et avec elle son immortalité) puisse être aperçue, on n'en saurait cependant tenir compte comme d'un principe d'explication, ni par rapport aux phénomènes de cette \ne, ni par rapport à la nature particulière de la vie future, puisque notre concept d'une nature incorporelle est purement négatif, qu'il n'étend pas le moins du monde notre connaissance, et qu'il n'y a point de conséquences à en tirer, si ce n'est des fictions que la philosophie ne peut avouer. Quand même, en troisième lieu, l'existence d'une intelligence suprême serait démontrée, nous pourrions bien comprendre par là la finalité dans la disposition et dans l'ordre du monde en général, mais nous ne serions nullement autorisés à en dériver un arrangement ou un ordre particulier, ni, là où nous ne le percevons pas, à l'en conclure hardiment, puisque c'est une règle nécessaire de l'usage spéculatif de la raison de ne pas laisser de côté les causes naturelles et de ne pas abandonner ce dont nous pouvons nous instruire par l'expérience pour dériver quelque chose que nous connaissons de quelque chose qui dépasse absolument toute notre connaissance. En un mot, ces trois propositions demeurent toujours transcendantes pour la raison spéculative, et elles n'ont pas d'usage immanent, c'est-à-dire applicable aux objets de l'expérience, et par conséquent utile pour nous de quelque façon ; mais, considérées en elles-mêmes, elles sont des efforts tout à fait stériles et en outre extrêmement pénibles de notre raison.

Si donc ces trois propositions cardinales ne nous sont nullement nécessaires au point de vue du savoir, et si cependant elles nous sont instamment recommandées par notre raison, leur importance ne devra concerner proprement que l'ordre pratique.

J'appelle pratique tout ce qui est possible par la liberté. INIais si les conditions de l'exercice de notre libre arbitre sont empiriques, la raison n'y peut avoir qu'un usage régulateur et n'y saurait servir qu'à opérer l'unité des lois empiriques. C'est ainsi, par exemple, que, dans la doctrine de la prudence, l'union de toutes les fins qui nous sont don-

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m'-cs par nos penchants, en une seule : le bonheur, et l'harnionic des moyens propres à y arriver constituent toute l'œuvre de la raison, qui ne peut fournir à cet effet que des lois pragmatiques de notre libre conduite, propres à nous faire atteindre les fins qui nous sont rccomnaandécs par les sens, mais non point des lois pures, parfaitement déterminées à priori. Des lois pures pratiques au contraire, dont le but serait donné tout à fait à priori par la raison et qui ne comniandcraient pas d'une manière empiriquement conditionnelle, mais absolue, seraient des produits de la raison pure. Or telles sont les lois morales, et par conséquent seules elles appartiennent à l'usage pratique de la raison ])ure et comportent un canon.

Tout l'appareil de la raison, dans le travail qu'on peut appeler philosophie pure, n'a donc en réalité pour but que les trois problèmes en question. Mais ceux-ci ont eux-mêmes à leur tour une fin plus éloignée, savoir ce qu'il faut faire, si la volonté est libre, et s'il y a un Dieu et une vie future. Or, comme il s'agit ici de notre conduite par rapport à la fin suprême, le but final des sages dispositions de la nature dans la constitution de notre raison n'appartient proprement qu'à la morale.

{Critique de la Raison pure, trad. Barni, t. II, Félix Alcan^ éditi)

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