‹ Kant. Choix de textes avec étude du systeme philosophique et notices biographique et bibliographiqueChapitre 35 sur 38 · IX. — DE I.A BEAUTÉ COMME SYMBOLE DE LA MORALITÉ · texte numérisé non relu

IX. — DE I.A BEAUTÉ COMME SYMBOLE DE LA MORALITÉ

Pour prouver la réalité de nos concepts, il faut toujours des intuitions. S'agit-il de concepts empiriques, cesdernières s'appellent exemples. S'agit-il de concepts purs de l'entendement ce sont des schèmes. Quant à la réalité objective des concepts de la raison, c'est-à-dire des idées, en demander la preuve, au point de vue de la connaissance thoérique, c'est demander quelque chose d'impossible, puisqu'il ne peut y avoir d'intuition qui leur corresponde.

Toute hypotypose (exhibition, subjectio sub adspectum), en tant que représentation sensible, est double : elle est schématique, quand l'intuition qui correspond à un concept saisi par l'entendement est donnée a priori ; symbolique, lorsqu'à un concept, que la raison seule peut concevoir, mais auquel acune intuition sensible ne peut correspondre, est soumise une intuition avec laquelle s'accorde un procédé du jugement qui n'est qu'analogue à celui qu'il suit dans le schématisme, c'est-à-dire qui ne s'accorde avec celui-ci que par la règle et non par l'intuition même, par conséquent par la forme seule de la réflexion, et non par son contenu.

C'est à tort que les nouveaux logiciens emploient le mot symbolique .^gowr désigner le mode de représentation opposé au mode intuitif ; car le mode symbolique n'est qu'une espèce du mode intuitif. Ce dernier (le mode intuitif) peut en effet se diviser en mode schématique et mode symbolique. Tous deux sont des hypotyposes, c'est-à-dire des exhibitions (exhibitiones) ; on y trouve autre chose que de simples caractères, ou des signes sensibles destinés à désigner les concepts auxquels on les associe. Ces derniers ne contiennent rien qui appartienne à l'intuition de l'objet, mais ils servent seulement de moyen de reproduction, suivant la loi d'association à laquelle est soumise l'imagination, par conséquent dans un but sujectif. Tels sont les mots ou les signes visibles

(algébriques et même iuimi<|ucs), en tant que simjilcs expressions des concepts.

Toutes les intuitions qui sont soumises à des concepts a priori sont donc ou des schèmes ou des symboles : les premiers contiennent des exhibitions directes, les seconds deis exhibitions indirectes du concept. Les premiers procèdent démonstrativement, les seconds au moyen d'une analogie (pour laquelle on se sert même d'intuitions empiriques). Dans ce dernier cas, le Jugement a une double fonction, d'abord d'appliquer le concept à l'objet d'une intuition sensible, et ensuite d'appliquer à un tout autre objet, dont le premier n'est que le symbole, la règle de la réflexion que nous faisons sur cette intuition. C'est ainsi qu'on représente symboli qnement un état monarchique par un corps animé, quand il est dirigé d'après vine constitution et des lois populaires, ou par une pure machine, comme par exemple un moulin à bras, quand il est gouverné par une volonté unique et absolue. Entre un état despotique et un moulin à bras il n'y a aucune ressemblance, mais il y en a entre les règles, au moyen desquelles nous réfléchissons sur ces deux choses et sur leur causalité. — Ce point a été jusquelà peu éclairci, quoiqu'il mérite un plus profond examen ; mais ce n'est pas ici le lieu de nous y arrêter. Notre langue est pleine de semblables exhibitions indirectes fondées sur une analogie, dans lesquelles l'expression ne contient pas un schème propre au concept, mais seulement un symbole pour la réflexion. Telles sont les expressions fondement (appui, base), dépendre (tenir à quelque chose de plus élevé), découler de quelque chose (pour suivre), substance (le soutien des accidents, comme s'exprime Locke). De même d'une infinité d'autres hypotyposes symboliques et non schématiques, et d'expressions qui servent à désigner des concepts, non pas au moyen d'une intuition directe, mais seulement d'après une analogie avec l'intuition, c'est-à-dire en faisant passer la réflexion que fait l'esprit sur un objet de l'intuition à un tout autre concept auquel une intuition ne peut jamais peut-être correspondre directement. Si on peut déjà nommer connaissance un simple mode de représentation (et cela est bien permis quand il ne s'agit pas d'un principe qui détermine l'objet théoriquement, relativement à ce qu'il est en soi, mais -qui le détermine pratiquement, en nous montrant ce que l'idée de cet objet doit être pour nous

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