‹ Kant [microform]Chapitre 19 sur 148 · Vin, p · texte numérisé non relu

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3. C'est la thèse latine écrite par Kant pour son « habilitation ». (t. llf, p. l-li.)

KANF.

PÉRIODE ANTÉCRITIQLE.

les lois de rattraction et de la répulsion qui supposent entre les êtres une communauté réelle d'action réciproque. Une nouvelle conception des principes de la connaissance détruit l'hypothèse de l'harmonie préétablie et confirme le système de Newton. Kant maintient, sans le modifier, le principe d'identité, loi première de toute pensée, qui g-ouverne le possible. Mais le principe de raison suffisante, qu'il appelle, avec Crusius, principe de raisoîi détei^minante , lui semble susceptible d'une double formule : au point de vue de Vexistetice, la raison est antérieurement déterminante; (c'est ainsi que la nature de l'éther est la raison antécédente de la vitesse de la lumière) ; mais, au point de vue de la connaissance, la raison est postérieurement déterminante ; (ainsi, les éclipses des satellites de Jupiter sont la raison qui a permis, a posteinori, de déterminer la vitesse de la lumière ^) De cette distinction résultent deux conséquences. D'une part, Yexistence d'un être ne peut être déduite de Yidée que nous en avons, pas plus que l'idée du triangle n'implique la réalité objective de cette figure -. L'existence de Dieu ne saurait donc être démontrée par l'analyse de l'idée d'un être nécessaire et parfait, et l'argument ontologique des Cartésiens s'écroule par la base. C'est du monde réel, du donné, qu'il est possible de remonter jusqu'à Dieu comme à la raison prédéterminante de toute possibilité et, a fortiori, de toute réalité. D'autre part, aucune substance créée ne saurait contenir en

elle-même, dans son essence, le principe de ses modifications. La monade « sans portes ni fenêtres » serait condamnée à l'immutabilité. L'harmonie entre les substances vient donc du dehors; elle consiste en une action réciproque, hypothèse qui s'accorde en tout point avec le newtonisme. La succession dans le temps et la coexistence dans l'espace sont les deux formes inséparables de ce « commerce » des substances, dont la régularité est une nouvelle preuve de l'existence de Dieu.

Si nous avons insisté sur cette analyse, c'est que, sur deux points essentiels déjà, Kant se sépare de ses devanciers avec une indépendance à laquelle il ne semble pas qu'on ait suffisamment rendu justice. La thèse « d'habilitation » n'est pas l'œuvre d'un disciple, encore que la forme en soit toute scolastique; le fond est déjà d'un novateur, il demeure vrai, toutefois, que la pensée critique ne s'y fait pas jour encore. Kant n'aperçoit pas tout d'abord l'importance de sa critique de l'argument ontologique. Il reste pleinement imprégné du dogmatisme de l'École ; il croit la métaphysique possible et n'en cherche pas les conditions.

De là la médiocrité du petit écrit par lequel Kant prit parti dans la célèbre querelle sur l'optimisme suscitée entre Voltaire et J.-J. Rousseau par le désastre de Lisbonne ^. Tirer de l'idée pure de Dieu cette conclusion que le monde est le meilleur possible, c'était, en dépit de l'autorité de Leibniz, appliquer la déduction logique à

1, Quelques considérations su)- l'oj tlmisme, 1759, t. VI, p. 1-10.

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