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maturité, ce penseur laborieux, au moment même où il venait de trouver l'idée maîtresse de son système? Le problème, qui n'a pas manqué d'intriguer les biographes de Kant, ne semble pas avoir reçu de solution bien satisfaisante ^ Ni ses fonctions universitaires (il renonça en 1772 à sa charge de bibliothécaire) , ni la faiblesse de sa santé dont il se plaint dans une lettre à Herz2, ni même la difficulté qu'il signale dans la même lettre de donner à des pensées nouvelles une pleine clarté, aucune de ces raisons n'est suffisante, croyons-nous, pour expliquer cette éclipse momentanée. Il en faut bien plutôt demander compte aux difficultés inattendues auxquelles Kant se heurta dans l'exécution de son plan, difficultés tout intérieures, inhérentes à la nature même d'une pensée puissante, mais de développement lent et de probité absolue. Or une question se posait, à laquelle la dissertation inaugurale de 1770, hâtivement rédigée pour une épreuve académique, ne répondait pas : si les concepts fondamentaux de la physique sont à priori, quelle garantie avons-nous qu'ils s'appliquent au réel? Si les choses et l'esprit sont deux mondes distincts, comment les premières subiront-elles la loi du second? A ces questions répondra la déduction transcendantale des concepts de l'entendement que Kant reconnaissait, dans la préface des Prolégomènes, pour « la tâche la plus difficile que l'on pût entreprendre en faveur de la
1. Cf. linléressante discussion de B. Erdmann, éd. de l'Acad. des Se. de Berlin, t. IV, p. 570-87.