P. 275 (107) et
2. P. 280-283 (112-117), Kant, p. 276 (108, etsuiv.) rattache aux devoirs envers soi-même les devoirs envers les beautés de la nature, envers les animaux, enfin envers Dieu. C'est, sinon commettre une véritable immoralité, du moins détruire en soi une tendance favorable à la moralilé que de détruire à plaisir une fleur ou de faire souffrir sans raison un animal. Il y a, pour la même raison, quelque moralité à témoigner de la reconnaissance, pour ses services, à un vieux cheval. — Quant aux devoirs envers Dieu, puisque l'idée de cet être émane entièrement de notre raison, ils sont encore une forme du devoir personnel. (Cf. infra, Philosophie relig.)
humaine est le fondement des devoirs envers autrui comme des devoirs envers nous-même. Ce n'est point à dire que nous puissions nous substituer à autrui dans la poursuite des fins que le devoir lui propose d'atteindre ; la moralité, comme la personnalité, n'est point un objet de prêt et d'échange ; à chacun la responsabilité de sa propre perfection. Mais nous devons, dans nos rapports avec autrui, nous préoccupper de ses fins morales en nous abstenant de tout ce qui pourrait le détourner de ces fins. « Ne fais jamais d'un autre homme un pur instrument au service de tes propres fins, » telle est donc la première maxime des devoirs envers autrui, maxime stricte, qui se rapproche des maximes du droit. Fondée sur le respect de la dignité humaine, elle résume une première catégorie d'obligations, les devoirs de respect. Mais, outre cet impératif négatif, je puis me proposer comme une fin positive le bonheur d'autrui, qui est, comme on l'a vu plus haut, favorable à la moralité ; de là une seconde classe de devoirs, dits devoirs d'amour^ qui se ramènent à cette formule : Fais tiennes les fins d'autrui, pourvu qu'elles ne soient point immorales. Amour et respect sont ainsi les deux grandes forces morales qui règlent les rapports de personne à personne ; analogues aux forces physiques d'attraction et de répulsion, l'une rapproche les individus, l'autre les tient à distance. Il va sans dire d'ailleurs que l'amour et le respect ne peuvent être considérés ici comme obligatoires en tant que sentiments ; seule la maxime de travailler au bonheur d'autrui et de respecter sa liberté morale
est un impératif rationnel et absolu. Ainsi le précepte : aime ton prochain comme toi-même, doit s'entendre simplement comme une affirmation du droit égal de toute personne au même respect ^.
Le premier des devoirs à' amour, la bienfaisance, se justifie en raison, car je ne puis vouloir sans contradiction comme une loi universelle que personne ne soit secouru dans le besoin, puisque je puis tomber moimême dans l'infortune et être obligé de recourir à autrui. La pratique de ce devoir est particulièrement délicate; le bienfaiteur, loin de faire sentir le poids de ses services, doit se montrer comme honoré par celui qui les accepte; rien ne vaut d'ailleurs la bienfaisance secrète 2. La reconnaissance de l'obligé est d'ailleurs une vertu égale àla générosité du bienfaiteur; celui qui reçoit un bienfait doit l'accepter, non comme un fardeau qui blesse son orgueil, mais comme une occasion d'exercerune vertu précieuse, la gratitude. La sympathie, enfin, estaussi un devoir d'amour ; non pas qu'il soit obligatoire en soi de partager la douleur ou la joie d'autrui, mais il l'est de « prendre une part active à son sort;... de cultiver en nous les sentiments sympathiques de notre nature et de nous en servir comme d'autant de moyens qui nous aident à prendre part au sort des autres. . . Ainsi