‹ Karel Dujardin comedie en un acte et en versChapitre 8 sur 13 · KAREL DL JARDIN · texte numérisé non relu

KAREL DL JARDIN

OÙ donc?

BBPPA.

Cbex mot.

KARRL DrjARDlN.

Quoi! je le connaîtrais?

RBPPA.

Vous crojei le cocàMltre, Mais il vaut mieuK cent fois qu'il n'a voulu pa-

[ratlre.

KAREL ULURDIN.

Nommez^le donc eiiUn.

BKPPA.

Devinez.

Cesl Griffon?

BKPPA , vfvemani.

Non : e'est vous.

KARIL DUJARDIN.

Moi! parbleu! le projet est bouffon !

Et je regrette fort qu'une autre ait ma parole

BEPPA

Kaites-noi son portrait; ce sera quelque folle.

KARBL DUJARDIN.

Je n’ai point vu ses traits.

BEPPA

Eh ! comment sans la voir

Avet-vous pu Taimer?

Sans m*en apercevoir.

C’est en causant, au bal où je l’ai rencontrée, Qu’elle l'est de moi-roéme, en un soir, emparée. Je l’ai su le matin à l'ennui qui me prit Chez Laure, à qui d'abord je trouvais de l’esprit.

BIPPA.

Et TOUS en êtes là ?

KARIL DUJARDIN.

Non pas, je l'ai revue Bien d’autres fois au bal.

BEPPA

Quoi! dans celte cohue?

Elle y vient pour moi seul.

BEPPA, troniquemefil.

Et U première fois?

Elle m'aimait, diGcIle, et me cherchait.

BEPPA

Sa vois

Dut TOUS frapper alors.

KARIL DUJARDIN.

Bien qu'elle sc déguise.

Parfois je crois l'avoir entendue...

BEPPA

A Venise?

KAREL DUJARDIN, révcur.

BEPPA

Qu'importe !

KAREL DUJARDI.N, S'onfmunt.

Cesl U voix qui me vint éveiller Le jour où j'eus quinze ans, et me dit : Sois ar-

[ listel

C’est la vois de mon emur, c'est la vois douce et

[ triste

Qui. depuis plus d'un an. m’accuse chaque jour De négliger mon art, de profaner l’amour.

BBPPA.

Je m'incline humblement devant la poésie.

Et ne m’etonne pas que vous rayes choisie;

Mais, pour parler enfin sans affectation,

S’agii-il d'une femme ou d'une fiction?

KARBL DUJARDIN, vivemen<.

Il s’agit, pour parler à chacun son langage.

D’une femme étrangère aux vils soins d’un mé-

[ nage,

El que son nom, son rang et son esprit surtout. Entourent d ur» parfum de grâce et de bon gortf BEPPA.

Cet esprit si vanté m’a l'air un peu fanUs-jUp.

Ne m'avei-voos pas dit qu'elle a gardé son mas- KAREL DI JARMN. [que?

Elle a voulu d'abord s'assurer de mon cœur.

BEPPA

A votre place, moi...

Pousuivez.

BBPPA.

J'aurais peur.

L’amour sous son bandeau peut cacher son re-

[ méde :

.T’aurais peur qu'au grand jour ma belle ne fût

( laide.

Si j'étais ce roué dont on fait tant de bruit.

Je craindrais le soleil pdbr ma belle de nuit.

Mais parlons de son rang; est-ce un mystère en* Et ce nom féodal, quel esuil? [core?

KAREL DUJARDLN.

Je l'ignore.

BEPPA

Vous ne l'avez donc pas jusques à son palais Reconduite ou suivie après Je bal?

EAREL DUJARDIN.

Jamais!

J’aurais craint de la perdre en sondant un mystère Qui me cachait aux yeux d'un époux ou d'un père. Je l’aime, et d’un enfant j’ai la docilité.

Quant à son rang, j’en croisses grâces, sa nertc. Son pied, sa blanche main... celle délicatesse.. BEPPA.

Parfois une bourgeoise a des pieds de duchesse K( le ciel. Dieu merci, n'a pas inféodé La main la plus petite au gant le mieux brodé. Qui n'envierait la main et le pied de CalDte.

Sa taille, ses yeux noirs?...

KARBL DUJARDIN.

Peut-être, ou plutùt . . Mais vous allez me railler.

Quoi ! votre camériste?

MAGASIN THÉÂTRAL

BIPPA.

La pauvre enfant, du reste, est laide à faire peur. Et ne cherche, je crois, qu’à tromper un trompeur. Je ne la puis tenir quand reviennent les Wtea,

Et le masque lui vaut tous les ans des conquètea. Tenez : hier surtout, cl'e y voulait briller.

Et je me suis à tort prêtée à l’habiller.

On ne peut mieux porter les bijoux et la sole : C’est touluneaulre femme alors, son œil flamboie; Ajoutez à l'attrait d’un plaisir clandestin ,

Les romans qu’elle Ut du soir jusqu’au matin,

Et je comprends fort bien qu’à ce point eicilée. Elle puisse tourner quelque tète exaltée.

1ARB1. DUJABDÜX.

Je l’admets comme vous, et je comprends aussi P ar qui certains détails sont venus jusqu’ici.

BRFPA.

C*est par elle en effet que j’ai su l'aventure J)u nez et du soufflet.

KABF.L DUJARDIN.

Peignez-mol sa tournure.

BRPPA.

Fort décente et surtout plus noble que ses traits : Fn costume espagnol dont j’avais fait les frais; Mantille en point de Flandre et basquioe de moire. 1.a reconnaissez-vous?

KAREL DUJARniN, frouàié.

J’ai fort peu de mémoire.

Poursuivez cependant, vous décrivez si bien; Quelque détail peut-être...

BKPPA.

Oh ! je n’oublierai rien \

Ceinture, gants, souliers, jusqu'au peigne d’é-

[caille,

Tout lui venait de moi, car elle est de ma taille. Vous riez ! Doutez*voui qu’il en puisse être ainsi? Je puis vous le prouver : le costume est ici.

KAREL DUJARDIN, vtvemenf.

Ici? dans votre hôtel?

BETTA.

Dans une chambre haute.

Calislf, en s’éveillant, le dcMendra sans faute.

Et dans une heure au plus il sera sous ma clef. Mais vous ne riez plus, vous paraissez troublé! I/auriez vous prise aussi pour une grande dame, El méditeriez-vous de devenir bigame?

.Non pas; mais ce délai me fait douter un peu Ouc vous puissiez montrer...

BETPA.

Vous me piquez au jeu; El je cours de ce pas éveiller cette fille.

KAREL DUJARDIN, la retenant.

Demeurez !

BBPPA.

Non ; d’ailleurs il faut qu’elle m’habille.

Mais, j’y pense: je puis vous faire voir un gant...

Le pareil lui fut pris par un extravagant, • Quelque provincial frais débarqué du coche.

J’ai mis en me levant celui-ci dans ma poche. Pour donner aujourd’hui masure au parfumeur.

Vous Toyei s’il me va.

KAREL DUJARDIN , à part.

Dieux ! l’autre est sur mon cœurl Cachons-lui, s’il se peut, le succès de sa ruse.

BEPP.A, jouont la surprise.

Eh bien! avez-vous vu la tête de Méduse?

KAREL DUJARDIN, fiant ausc offêetadon Non, mais figurez-vous : le ravisseur du gant C’est un de mes amis frais débarqué de Gand.

Un Flamand comme moi... Us, ha, ha! j en ai

[ honte.

A la fausse comtesse il s’est donné pour comte. Les voyez-vous d'ici, l’un par 1 autre enferré? BKrr.A , riant.

C'est, je crois, en escrime, on coup...

Un coup fourré.

BBPPA, d part.

11 ment fort a props, mais feignons de le croire. Haut.

Apprenez on secret qui couronne 1 histoire.

Caliste aura du bien, et même elle est d un rang Où son père la doit replacer en mourant.

Le bonhomme est avare. Il la tenait en Icsse De si près, qu elle n’eut, dii-on, qu’une faiblesse : On prétend que Griffon, jadis... Maisaujourd hui Les vœux de notre ami sont plus dignes de lui. Caliste, cependant, pour voir son infidèle.

A fui depuis cinq ans la maison paternelle.

Et, réduite a servir, elle garde l’espoir De ramener un jour 1 ingrat à son devoir.

Je lui croyais du moins cette honnête pensée,

El je l’encourageais; mais elle l’csl lassée.

Après tout, votre ami pouvait tomber plus mal.

Caliste pour amante, et Griffon pour rival!

Oh 1 je veux le berner...

RBPPA.

Allons, soyez modeste.

Homme heureux , ou craignez quelque retour fu-

[ neste ;

Respectez le malheur d’un ami ; je crains fort Qu'amoureux comme lui , vous n’ayez même sort.

KAREL nUJABDIN.

Me croyez-vous épris de quelque chambrière?

Non, certe.

BEPPA

Eh! de qui donc?

BEPPA

Mais... d’une aventurière.

Aussi , pour vous soustraire à quelques mauvais Je veux vous marier. [tours.

ÜARELDOJIHDIN.

Vous y tcuei?

BEFPA.

Toojouri.

Ma protégée eit loin de ce rang qui vous natte. Mais ton amour pour vous est le premier en date, Si j'en crois le public à médire empressé.

Mon intérêt d'ailleurs pour clic a prononcé:

Vos dettes ne font plus qu'une seule créance. Dont on veut au contrat vous offrir la quittance.

KAEEL Dl’JABnin.

Mais c'est un guet-apens ! Et qui donc a payé?... BirPA.

Moi; jugez si je tient i vous voir marié.

J'ai de plus un moyen dont je veux faire usage, Pour que bientdt Griffon nous ramène un volage. Vous ne devinez pst!

KABEI. DCJARniM.

Non, vraiment.

BEPPA

Aussi bien,

De vous rendre au travail est-ce le seul moyen. Et c'est vous qui tantdt me me l'indiquiez vout- EABEL DOjAania. [même.

Ah ! j'y suit. Ce Griffon est un Mars en carême... En effet, la prison...

BEPPA, revenant de la eroiiée d'oti eMe a fait tignt à Griffon.

Délivre des censeurs ,

Et c'est l'hdtel garni d'un amant des neuf soeurs.

EABEL DuitEnm.

Ce sont met propret mots , et je ne puis que rire Du moyen délicat choisi pour me réduire.

En l'attendant, aussi, me voyez-vous fort gai. Bien que je toit d'ailleurs vivement intrigué.

Je suis prêt à subir le tort que je mérite ;

Mais, pour une heure ou deux souffrez que je J'ai certain rendez-vous... [vous quitte;

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