JUANA, FERNANDO
FERNANDO. Ma mère!!..
JUANA. Elle qui te couvre de ses baisers , que le ciel a exaucée, qui le remercie, qui le bénit. Je ne lui demandais que de te voir., te voilà, je n’ai plus rien à craindre.
Fernando, à genoux. Oh ! ne me maudissez pas, ma mère !
JUANA. Toi, mon enfant, te maudire!., penses-tu que je vais te quitter maintenant, et que ce duel fatal aura lieu ?
Fernando . Ce duel ! . votre présence me tue, ma mère., laissez-moi sortir.
JUANA. Tu me demandes cela , à moi ?
Ecoute , Fernando , tu as résisté à toutes les prières, mais tu n'as pas entendu les miennes; à toutes les larmes, mais ce netaient pas les miennes. Celles-là, vois-tu?
il faut leur céder, parce qu’elles viennent du cœur , parce qu’elles retombent sur le cœur.
Fernando. Par pitié'., vous ne savez pas ce que je souffre.
JUANA. J’aurais bien des choses touchantes à te dire , bien des paroles qui pourraient t’émouvoir., mais je pleure., je ne puis que pleurer. . les sanglots m’étouffent.. Fernando ! grâce!
FERNANDO. C’est moi qui l’implore...
qui ne peux supporter l’aspect de votre désespoir.. ne me retenez pas, je vous en conjure.
JUANA. Attends! attends ! à tes pieds !
FERNANDO. Vous , ma mère !
JUANA. Oui , pour te retenir ; pour qu'tu ne m’obliges pas à dire tout ce que ma position a d’horrible. Si je parlais , tu ne bougerais plus d’ici , vois-tu ! ne m’y force pas : cède à mes larmes comme tu céderais plus tard à mes paroles... Non, il a vu sa mère à ses pieds, et il a dit : Non. Je n’ai donc plus à prier maintenant. ( Avec autorité.) Fernando, vous ne sortirez pas.
FERNANDO. Ma mère !
JUANA. Je croyais en vous, en votre amour; j’espérais pouvoir me taire, que Dieu le permettrait ; il n’y conseul pas ; il
ne me laisse que ce moyen de vous sauver. Asseyez - vous là , monsieur !
(Avec force.) Asseyez-vous!... ( Après un instant de silence , elle prend tout-à-coup la tête de Fernando dans ses mains.) Mon eufant, mon Fernando, tu ne veux donc plus qu’elle ose lever les yeux sur toi , la pauvre mère? Elle n’a jamais pu se résoudre à rougir en ta présence... Eli bien ! eli bien! elle s’y condamne ; ce sera son châtiment. Cette femme que tu entoures de vénération et d’amour , elle a été bien coupable. C’est pour la conserver pure aux yeux de son fils que Karl a accepté le combat, qu’il s’est immolé , vain dévouement qui n’a pu la préserver de la honte. Oli !
tu m’écouteras à présent. J’ai aimé Karl de cet amour qui fait tout oublier, devoir, famille , honneur. Malgré mon père , à l’insu de mon père, je l’ai aimé. Il partit.
Quelques mois après , don Alphonse viut à Madrid. On lui promit ma main. Quand celte terrible nouvelle me fut annoncée , je me jetai aux genoux de mon pere , je lui avouai tout. Oli ! alors il pleura amèrement le déshonneur de sa maison ! il me conjura avec sanglots de le taire ! il me menaça de sa malédiction, si je n’obéissais, de la mort. . j’aurais dû me laisser tuer... je ne l’osai pas... j’eus peur. Je te dis tout cela, Fernando, parce que je voudrais me justifier un peu... parce que j’ai besoin de ta pitié.
On me conduisit à l’église, froide , inanimée... Don Alphonse m’entendra , me disais-je ; mais on ne nous quittait pas , et quand nous fûmes seuls , j’étais sa femme.
Mon courage m’abandonna alors, je fis taire le devoir , l’honneur , je gardai le silence. Ce fut là mon crime... le ciel ne me l’a pas pardonné. Alphonse aurait dû mcrepousscrdupied.carjc l’avais trompé, car, en marchant à l’autel , je savais que j’étais mère...
FERNANDO. Mon Dieu !
JUANA. Et cet enfant que je portais dans mon sein, c’était toi, et ton père, c’est Karl de Richter.
FERNANDO, * ver an cri d’effroi. Ab !...
pourquoi n’avez-vous pas parlé plus tût , ma mère!
JUANA. Karl !...
Fernando. Je viens de le tuer...
JUANA. Ali!...
(Juana tombe évanouie. — Fernando reste anéanti.
— Au même instant Alinéida [tarait au liind.,