Kassya
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m DE NUOVINA
MARGUERITE DE NUOVINA Par Albert SALÉZA
N pourrait dire de M"° de Nuovina ce que Taine a | écrit de Musset : « Celui-là n’a jamais menti. » Je n'ai pas assisté au début de M° de Nuovina, qui s'effectua, je crois, à Bruxelles, dans l’Esclarmonde de Massenet. Je jurerais que le public fut pris tout de suite à cette extraordinaire sincérité dont M: de Nuovina est toute vibrante. Voix, cœur, passion, — elle se donne tout entière; or, quand tant de chanteurs et de cantatrices se montrent si ménagers de leurs moyens, pensant, sans doute, qu'il faut que ceux-ci leur « rapportent » jusqu'à la fin de leur vieillesse, on ne saurait trop aimer, admirer, cette artiste, cette véritable artiste, qui vit pleinement tous ses rôles et les intensifie jusqu'au swmmum del’émotion.J’ai souvent chanté Carmen avec elle; et j'en conserve un inaltérable et très cher souvenir. Elle était bien, non cette Carmen de Mérimée que tant de cantatrices, qui se trompent, s’acharnent à réaliser (et par quelle vulgarité, souvent !), mais bien la Carmen de Bizet, qui n’est qu'une indé- | pendante, au sens le plus élevé et le plus féroce du mot... « Libre, elle est née, et libre, elle mourra. » Le dramatique de M"° de Nuovina, son chant, ses attitudes sont bien le commentaire de cette aflirmation où tout le caractère de
Carmen est résumé.
M"° de Nuovina a rempli déjà une carrière enviable. Elle a créé la Kassya, de Léo Delibes. Elle a marqué d’une empreinte ineflaçable des œuvres comme /a Navarraise, où elle atteint à un pathétique insurpassable, Cavalleria Rusticana, Lohengrin, Mefistofele, Proserpine, Faust, les Huguenots, Paillasse, etc.
J'ai dit qu'elle débuta à Bruxelles. Elle a longtemps été une des étoiles de l'Opéra-Comique de Paris, et récemment encore elle y donnait une interprétation très heureuse de Werther. Puis elle a voyagé : tel est, parait-il, au théâtre, le destin des étoiles. Elle est aujourd'hui dans la maturité d'un talent très original. Elle nous fonde à beaucoup espérer d'elle encore. ALBERT SALÉZA,